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Confession

L’ancien chef d'état-major des armées raconte sa démission

Mettant fin à une crise de plusieurs jours avec le chef de l’Etat, le général de Villiers a quitté son poste le 19 juillet. Il en parle pour la première fois dans un livre à paraître.

Pierre de Villiers et Emmanuel Macron, à Paris le 14 juillet. (Photo Etienne Laurent. AFP)
Publié le 07/11/2017 à 19h55

Une feuille de papier. Le 19 juillet, à 7 h 45, quand le chef d'état-major des armées monte dans sa voiture pour se rendre à l'Elysée, il n'a pas emporté ses habituels dossiers. Il va démissionner. Le général Pierre de Villiers revient pour la première fois sur la crise qui l'a opposé à Emmanuel Macron, deux mois après son élection, et s'est conclue par sa démission. Son livre, Servir, paraît mercredi.

D'après les premiers extraits publiés par le Monde, le récit n'a rien d'un brûlot ni d'un règlement de compte. Villiers ne montre aucune acrimonie à l'égard de l'actuel président de la République, le quatrième qu'il ait connu en Conseil de défense. Il décrit : «Jacques Chirac, méthodique, chaleureux et passionné par l'armée ; Nicolas Sarkozy, exigeant, tranchant et charismatique ; François Hollande, à l'écoute, calme et plein d'humour ; et, enfin, Emmanuel Macron, avec lequel mes relations ont été empreintes de franchise, de confiance et de cordialité.»

Propos très cash

A peine une trace d'amertume pointe-t-elle lorsque l'ancien chef d'état-major revient sur l'épisode, douloureux, du 13 juillet. A l'hôtel de Brienne, où siège la ministre des armées, Emmanuel Macron gronde en public : «Je suis votre chef Le rappel à l'ordre s'adresse de façon très transparente au général de Villiers, dont les propos, très cash, prononcés la veille devant les députés de la commission de la défense ont fuité dans la presse. «Je ne me laisserai pas baiser», avait-il lancé à propos des coupes budgétaires annoncées pour l'année 2017.

«Après avoir entendu les propos du président de la République, le 13 juillet au soir, j'ai estimé en conscience que le lien de confiance entre le chef des armées et son chef d'état-major était trop dégradé pour que je puisse continuer dans mon poste», écrit Villiers dans son livre qui énumère néanmoins tous ceux devant qui il a été humilié : «Devant les représentations étrangères, dont mon homologue américain présent à mes côtés pour notre fête nationale, devant les familles des soldats morts au combat au cours de l'année, devant les blessés des armées et l'ensemble des représentants de la communauté de défense.»

Sur le fond de son désaccord avec Macron, Pierre de Villiers ne semble pas avoir bougé d'un iota. «Nous ne pouvons plus traiter des problèmes de défense avec une approche comptable comme nous l'avons connue dans les années 2000. Il y va de la vie ou de la survie de nos soldats, marins ou aviateurs» écrit-il, persuadé que les guerres durent, «en moyenne une quinzaine d'années», et que seule la paix empêche le «"pourrissement" des conflits».

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