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Témoignage

Sophie, ergothérapeute, 37 ans «J’ai dû demander un consentement à mon conjoint»

Publié le 26/11/2017 à 18h46

«J’ai une cousine qui souffre d’infertilité. Elle n’a toujours pas d’enfant. Et cela me touche. C’est tellement viscéral de vouloir un enfant. C’est en la voyant souffrir que je me suis posé la question de partager ma chance : j’ai deux filles. Pourquoi ne pas aider avec mes petites cellules des gens à devenir parents ? Je travaille au CHU de Caen. Pour moi, c’est simple. Je pouvais caser mes rendez-vous de prises de sang, d’échographies sur place, le matin ou entre midi et deux. J’ai mûri mon projet. Quand j’ai appris que les ovocytes que j’allais donner resteraient dans la région et qu’il y avait donc le risque que je croise des enfants conçus avec mes gamètes, j’ai réfléchi, d’autant que mes filles me ressemblent beaucoup.

«Mais tout ça a été vite balayé. Le traitement hormonal est lourd, on ne connaît pas les conséquences à terme d’une stimulation ovarienne. J’ai signé une décharge. Ma volonté était plus forte. J’ai aussi dû demander un consentement à mon conjoint. J’ai passé des examens, fait faire un caryotype, un arbre généalogique des maladies de la famille. Vu une psychologue qui a évalué si je m’étais posé toutes les questions. Elle voulait s’assurer que j’avais bien réfléchi au fait que je donnais un potentiel génétique. Mon conjoint m’a soutenue, sans être moteur.

«La première fois, en 2014, j’ai pu donner 20 ovocytes, la seconde, en 2015, 24. Cela fait beaucoup de petites cellules qui se baladent. Je ne sais pas si un bébé est né de tout ça. Mais pour moi, j’ai donné, c’est un outil pour quelqu’un, c’est tout. Je n’y pense plus. Je me suis détachée. Cela ne me revient à l’esprit que quand je croise ma cousine. Mais c’est à peu près tout. J’ai oublié. Pourtant, je travaille juste à côté de la maternité. Je pense que l’on manque de donneuses à cause de la barrière technique. Autour de moi, tout le monde trouve ça super ce que j’ai fait mais personne ne franchit le cap. C’est vrai que du premier rendez-vous à la ponction des ovocytes, il s’est écoulé six mois. Et oui, c’est gratuit, mais c’est le contraire qui me choquerait. L’anonymat aussi me convient bien. Moi, en tout cas, après mes deux dons, ce qui est paraît-il très rare, je me suis dit que j’avais fait un truc bien, que peut-être une famille s’est construite grâce à cela.»

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