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Dominique Bucheton : «Les élèves évalués ont essuyé les pires programmes que j’ai vus dans ma carrière.»

Dominique Bucheton, professeur en sciences du langage, à propos de l'enquête internationale Pirls

Publié le 05/12/2017 à 20h36

En matière d’éducation, les enquêtes internationales ont toutes un point commun : déprimantes à souhait pour les Français. Mardi, la dernière étude Pirls, portant sur la compréhension de l’écrit des élèves de CM1, enfonce un peu plus le clou. La France se situe à l’antépénultième place des 24 pays de l’UE qui ont participé à l’enquête… Dominique Bucheton, professeur d’université honoraire en sciences du langage et de l’éducation, s’inquiète de l’utilisation politique qui pourrait être faite de ces résultats.

«Je ne suis pas du tout étonnée par l’enquête Pirls, qui s’inscrit dans la continuité des autres études internationales, et témoigne de la lente dégradation des aptitudes des élèves. Nous étions déjà en retard il y a quinze ans par rapport à d’autres pays en compréhension de l’écrit.

«Les raisons à cela sont multiples. Une enquête de terrain, menée par Roland Goigoux, montre que, dans les classes, le temps consacré à la compréhension de l’écrit est insuffisant. Il est aussi prouvé que plus on fait écrire des petits textes aux élèves, plus ils vont entrer dans la lecture. Mais le cœur du problème, ce ne sont pas les méthodes des enseignants, mais surtout leur manque de formation.

«A coup sûr, certains vont se saisir de cette enquête pour relancer la bataille de méthodes [syllabique et globale], que l'on sait pourtant inepte. Il n'existe pas une méthode unique. J'ai une rage immense quand je vois ce qui se dessine, cette idée de donner un protocole aux enseignants qu'il suffirait d'appliquer pour que cela fonctionne. D'autant que les élèves évalués dans cette enquête ont essuyé les programmes de 2008. Ces programmes étaient les pires que j'ai eus à voir de toute ma carrière, justement sur la compréhension de l'écrit ! Et après, on vient s'étonner des mauvais résultats aux évaluations Pirls ? Nous venons enfin d'amorcer un virage avec les programmes de 2015. Il faut laisser le temps à ces programmes de produire leurs effets, et surtout, ne pas tout redémolir.»

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