L’un des mythes fondateurs de la geste macronienne. Un parking d’usine sacrifiée sur l’autel du libéralisme économique, dans la ville natale du candidat, au terme d’une journée de l’entre-deux tours scénarisée à l’américaine. Synopsis : ce 26 avril, Macron se rend à Amiens, la main plus ou moins forcée par l’insoumis local pas encore député François Ruffin. Il achemine les journalistes dans un bus entier, tente d’esquiver la colère en rencontrant les syndicalistes à la chambre de commerce à l’heure du déjeuner. Rebondissement : Marine Le Pen fait une apparition (vingt minutes top chrono) devant l’usine. Selfies, distribution de croissants et de sifflets.
Alors Macron monte sur le ring. Tel feu Jake LaMotta, il va montrer à la France qu’il a du menton, dans l’odeur de pneu brûlé et la stridence des sifflets. Sur le parking, il évacue la meute des caméras pour n’en garder qu’une, celle de son flux Facebook, et affronte les «vaincus de la mondialisation». Posture passive-agressive, christique-sarkozyste : sans rien promettre, il change la bile en eau de boudin, les loups ouvriers en agneaux prolétaires acceptant leur sort.
Le vade-mecum présidentiel est prêt : il faut savoir se faire engueuler par la populace de temps à autre, à Amiens comme à Saint-Martin, en bras de chemise. Mais toujours garder le dernier mot pour les réseaux sociaux.




