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Libération
Éditorial

Système

Publié le 22/03/2018 à 20h26

Les élèves qui forment les rangs des classes prépa du lycée de Saint-Cyr-l'Ecole n'appartiennent pas (encore) aux effectifs de la grande muette. Ils travaillent dur pour avoir le privilège d'intégrer l'Ecole spéciale militaire, voie royale des futurs officiers des corps d'armée. On les imagine, aspirants professionnels au service de la nation, adhérer aux valeurs qui fondent la chose militaire : confiance, esprit d'équipe, entraide, respect de soi et des autres, courage, volonté, persévérance, mérite et patriotisme. La liste est longue. Moins toutefois que celle des témoins qui ont confié leur parole à Libé ces dernières semaines pour dénoncer l'enfer quotidien vécu par les jeunes femmes de ces classes. «Vase clos réactionnaire et paternaliste», «misogynie», actes d'humiliation, simulacres de scalp… De quoi parle-t-on ? De bizutage initiatique, classique dans les grandes écoles et leurs antichambres, bien qu'interdit par la loi ? De «blagues potaches» véhiculant maladroitement des stéréotypes genrés ? Des actions isolées de trublions immatures ? Malheureusement, c'est pire. C'est bien un système, solidement ancré dans une tradition assumée, que notre enquête met au jour. Avec ses codes, ses rites, sa hiérarchie : ceux d'un masculinisme érigé en valeur cardinale qui prône une culture de l'humiliation des femmes et déroule un harcèlement moral sexiste aussi archaïque que barbare. L'assourdissant silence de l'encadrement, lui-même en partie constitué d'anciens «tradis», autorise des groupes de jeunes gens censés devenir l'élite de nos forces militaires à ériger la «haine» comme une parade à la féminisation de l'armée. Oubliant qu'à défaut de promouvoir l'agôn, la noble «compétition» des Grecs, c'est à l'agonie qu'ils risquent de conduire leur institution.

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