Invité de la matinale de France Inter ce mardi, Christophe Castaner, délégué général de La République en marche (LREM), a tenu des propos extrêmement affirmatifs sur les raisons du passage à l'acte de Radouane Lakdim, le terroriste de l'Aude. Vendredi matin, le jeune homme de 25 ans a tué quatre personnes et en a blessé seize autres. Au micro de Nicolas Demorand, Castaner a d'abord défini ainsi le profil de Radouane Lakdim : «On n'est pas sur quelqu'un qui est entré dans la radicalité religieuse. On est sur une petite frappe qui, à un moment donné, reçoit une convocation judiciaire et pète un câble […] et pense que la rédemption, il va l'avoir par le terrorisme, par le radicalisme islamiste.» Et le délégué général de LREM de parachever sa démonstration, quelques secondes plus tard : «Une convocation judiciaire est un facteur déclenchant, qu'on connaît en matière de psychiatrie, et qui amène à se prendre pour quelqu'un d'autre et à tuer.»
De quoi parle Christophe Castaner ? D’une convocation devant la justice, héritée d’un contrôle datant du mois de janvier. Le motif ? Conduite après annulation du permis de conduire et port d’arme prohibé – il s’agissait en l’occurrence d’une arme blanche. Pour rappel, Radouane Lakdim avait déjà été condamné à un mois de prison avec sursis, en 2011, pour port d’arme prohibé. Toutefois, les propos de Christophe Castaner se sont télescopés avec une autre information majeure, révélée par RTL : ces derniers jours, le terroriste de l’Aude a reçu une autre convocation, émanant, cette fois-ci, de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Ce document, de nature administrative, devait aboutir à un entretien officiel avec le service de renseignement intérieur.
Lien hypothétique
En effet, lorsque les policiers estiment qu’une cible ne présente aucun signe de radicalisation violente – ni, bien entendu, de volonté apparente de passage à l’acte –, ils peuvent précipiter une rencontre, afin de mieux évaluer le profil de la personne surveillée. D’après les premiers éléments de l’enquête, Radouane Lakdim avait bel et bien reçu la convocation de la DGSI. C’était d’ailleurs à lui de rappeler le service, afin de fixer une date de rendez-vous. Se sachant désormais surveillé, Radouane Lakdim a-t-il précipité son acte ? La question se pose d’autant plus qu’un précédent existe. Avant de projeter sa voiture, le 19 juin, contre une camionnette de gendarmes sur les Champs-Elysées, Adam Djaziri s’était soustrait à deux convocations successives de la DGSI.
Pour autant, le lien de cause à effet demeure hypothétique à ce stade. Une source judiciaire indique à Libération qu'aucun élément matériel ne vient confirmer, pour le moment, l'idée d'une action déclenchée par la réception du courrier de la DGSI. Lundi soir, lors d'une conférence de presse, le procureur de Paris, François Molins, a tout de même révélé que Radouane Lakdim et sa compagne – actuellement en garde à vue – avaient cessé leurs échanges téléphoniques en janvier. Depuis, ils s'étaient rabattus sur des messageries cryptées. Pour mieux tromper la vigilance des services ?




