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Billet

Le professeur Macron en roue libre chez Pernaut

Après sa déambulation courtoise à l'Elysée avec Laurent Delahousse, le chef de l'Etat n'a pas davantage été bousculé par Jean-Pierre Pernaut sur TF1. Assumant son action et déroulant sans réelle contradiction les raisonnements qui la justifient selon lui.

Emmanuel Macron et Jean-Pierre Pernaut, jeudi. (Capture écran TF1)
Publié le 12/04/2018 à 18h44

Si on le conteste, c'est qu'on l'a mal compris. Ou qu'on ne mesure pas les enjeux de l'époque. Invité jeudi du 13 Heures de Jean-Pierre Pernaut sur TF1, Emmanuel Macron n'a pas bougé d'un iota sur les principaux dossiers du moment, se faisant certes pédagogue mais pour, in fine, tout assumer en bloc. L'effort demandé à «nos anciens» via la hausse de la CSG et qui justifie quand même de leur dire «merci» ; la baisse quasi patriotique de l'ISF pour booster l'investissement en France ; l'inéluctable réforme de la SNCF sur laquelle il convient d'aller «jusqu'au bout» – sans qu'on comprenne quelle part de la dette sera reprise par l'Etat et à quel rythme ; le blocage de certaines universités qui serait l'œuvre de «professionnels de la contestation» ; ou les économies demandées au monde hospitalier.

Confronté à un intervieweur par avance comblé, finissant parfois lui-même certains raisonnements présidentiels à défaut de relancer avec un peu de pugnacité son invité du jour, Emmanuel Macron n'a eu aucun mal à dérouler les arguments par lesquels il justifie son action. Le confort d'une allocution, en un peu plus dynamique et dans le cadre par nature coloré d'une salle de classe. Après sa déambulation courtoise avec Laurent Delahousse sous les ors de l'Elysée, sur France 2, le chef de l'Etat n'a pas davantage été bousculé sur TF1. Ou même questionné un peu en détail sur les sujets abordés. On peut imaginer – espérer ? – que le ton comme le fond de l'entretien seront différents dimanche soir, lorsqu'il répondra deux heures durant aux questions de la doublette inédite Jean-Jacques Bourdin (BFM TV)-Edwy Plenel (Mediapart).

Sur TF1, Emmanuel Macron n'était pas venu pour faire des concessions ou pour annoncer aux habitués de Pernaut tel ou tel «saupoudrage» d'argent public, mais pour revendiquer le sens de son action et le volontarisme historique dont il estime faire preuve. C'est son credo. Mais si, dans les enquêtes d'opinion, le volontarisme est régulièrement porté à son crédit, ce trait de caractère peut rapidement virer à l'autoritarisme aux yeux des Français. «Il est sûr que le réel se pliera de bonne grâce à sa volonté dès lors qu'elle s'exprime», a pointé François Hollande dans ses Leçons du pouvoir. Mais alors que la capacité à négocier des réformes ne fait pas partie des fondamentaux du macronisme au pouvoir, il prend le risque d'apparaître non pas adroit mais droit dans ses bottes. Tandis qu'il proclame vouloir mener au même rythme les quatre années que compte encore son mandat, l'enjeu est de taille. Dans les mois qui viennent, le dossier des retraites doit ainsi faire son retour au sommet de l'actualité. Un gros morceau.

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