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Libération
Éditorial

Bouffées d’humanité

Publié le 16/04/2018 à 20h46

C’est l’histoire d’un canapé-lit dans la chambre d’amis que l’on ouvre deux fois la semaine. Ce sont ces deux heures que l’on prend sur son temps, précieux, forcément précieux, pour aider à l’apprentissage du français. C’est cette partie de foot organisée avec l’aide du petit club local. Ou ces gâteaux au chocolat préparés dans la cuisine de la salle communale et partagés avec des migrants. Ce sont ces coins de France où l’on aimerait que Marine Le Pen effectue une immersion longue durée, pour réveiller chez elle cette part d’humanité qu’elle prend tant de soin à enfouir. Pour les autres, tous les autres, de Laurent Wauquiez à Gérard Collomb, qui sans s’aligner sur l’extrême droite, évoquent à longueur de discours ou de loi une France craintive, des séjours plus courts devraient suffire pour leur démontrer que la fermeture à l’autre n’est ni la seule attitude possible, ni la solution. Angélisme ? Non. Car ces morceaux de France généreuse, même mis bout à bout, ne dessinent pas, on le sait, un pays de cocagne pour migrants capable d’accueillir toute la misère du monde avec le sourire. Les enquêtes d’opinion, le succès du Front national, sont là pour rappeler que ce n’est pas si simple. Personne de sérieux, d’ailleurs, ne dit que c’est simple. Et surtout pas les associatifs qui s’occupent des migrants à longueur de journée. Ces Français au grand cœur ne sont pas majoritaires. Est-ce une raison pour se taire ? Est-ce une raison pour ne pas mettre en lumière ces solidarités qui s’inventent, ces générosités de gens de peu, ces bouffées d’humanité ? Non, car ces militants de l’accueil nous rappellent simplement, le plus souvent en toute discrétion, qu’ils ne font que prendre leur «juste part». Celle qu’Emmanuel Macron avait demandé à la France de prendre. Avant de se renier.

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