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Enseignement supérieur

A l'université de Grenoble, le vote électronique peine à contrer le blocus

Le président de l'UGA a ouvert ce matin une «consultation» immédiatement contestée en assemblée générale par les étudiants remobilisés dès la fin des vacances.

Devant l'entrée du bâtiment Stendhal, à l'université de Grenoble, le 9 avril. (Photo Jean-Pierre Clatot. AFP)
ParFrançois Carrel
correspondant à Grenoble
Publié le 24/04/2018 à 18h29
«Etes-vous favorable à la liberté d’accès aux bâtiments des étudiants et des personnels permettant notamment la mise en œuvre des examens dans des conditions normales à l’Université Grenoble Alpes ?»  C’est en ces termes que Patrick Lévy, président de l’UGA, a décidé, au retour des courtes vacances universitaires d’avril et face à la persistance de la mobilisation contre la loi sur l’orientation et la réussite des étudiants (ORE), de consulter par voie électronique ses 45 000 étudiants et ses quelque 6000 personnels.

Matraques et lacrymos

La «consultation», ouverte ce mardi à 8 heures, sera close mercredi à 17 heures. Elle devrait, selon l’UGA qui estime que les «résultats des différents votes» favorables à ces actions en assemblée générale «semblent peu représentatifs compte tenu de la taille des communautés [universitaires]», permettre de «recueillir l’opinion de l’ensemble des étudiants et personnels» sur les blocages partiels du site universitaire.
Sans attendre les résultats, Patrick Lévy a de toute façon décidé d’utiliser la force pour libérer l’accès à des bâtiments de nouveau bloqués dès le début de la semaine. Lundi, à deux reprises, puis mardi matin de nouveau, les forces de l’ordre sont intervenues, usant de matraques et de gaz lacrymogènes pour repousser les bloqueurs. Le bâtiment Stendhal (lettres et langues), bloqué lundi matin, a ainsi été dégagé dans l’après-midi. Mardi matin, une quarantaine d’étudiants l’ont de nouveau bloqué… avant d’être très vite réévacués, manu militari. Les étudiants occupent en revanche toujours le Centre des langues vivantes, devenu leur QG, et bloquent deux autres bâtiments, Arts et Sciences humaines (ARSH) et Veil.

«Manipulation intellectuelle»

La réponse des étudiants à l’usage de la force et à la mise en place du vote électronique a pris la forme d’une assemblée générale ce mardi à la mi-journée. Plus de 800 participants, deux heures de débats, puis le vote, massif, en faveur de la poursuite des blocages et même son extension à de nouveaux bâtiments (582 voix pour, 46 contre). Joris Rouillon, de l’Unef Grenoble, s’en félicite : «C’est un message encourageant après une rentrée difficile, les forces vives de l’opposition à la loi ORE restent mobilisées.» Il balaie le recours à la consultation : «Il est illusoire que penser qu’un vote électronique, sur une question biaisée et auquel on répond en trois secondes, soit plus légitime que le vote d’une AG ouverte, après des heures de débat !» Le collectif unitaire étudiant, comme l’Unef et d’autres syndicats d’étudiants et de personnels, a appelé au boycott de la consultation. Isabelle Krzywkowski, du syndicat national de l’enseignement supérieur FSU, condamne la présidence de l’UGA : «Au côté des violences policières quotidiennes, cette consultation est une autre violence, une manipulation intellectuelle : une question unilatérale absurde, un mode de consultation qui présente des dysfonctionnements, le tout appuyé sur une communication d’infos biaisées et incomplètes sur la mise en place de la loi ORE à Grenoble.»
Le résultat de la consultation sera connu mercredi soir. Il ne pourra, quel qu’il soit, stopper ni la mobilisation ni la confrontation physique entre étudiants et police.

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