Sept ministres, présidents ou directeurs défilant à la tribune, il n'en fallait pas moins, vendredi, pour sceller les épousailles du centre Pompidou avec Bruxelles, dans l'ancien garage Citroën-Yser du quai des Péniches, cathédrale de verre et d'acier ayant abdiqué sa vocation industrielle pour devenir un nouveau supertanker de l'art contemporain. Un projet maousse qui rêve de s'inscrire comme une étape culturelle majeure. «Bruxelles is the new cool» titrait les Inrockuptibles fin avril, détaillant la vitalité de la capitale belge. Ainsi, Kanal centre Pompidou participe-t-il de l'effervescence en ouvrant ses portes, samedi et dimanche, pour une «année de préfiguration» qui durera jusqu'au 10 juin 2019.
«Soyons clairs, précise Yves Goldstein, chargé de mission du gouvernement bruxellois : il ne s'agit pas de la création d'un centre Pompidou en Belgique mais bien d'un partenariat entre l'institution française, la région Bruxelles-Capitale et la fondation Kanal, visant à coconstruire un projet pensé sur dix ans.» Ce que Françoise Nyssen, la ministre française de la Culture nomme «une aventure européenne […] destinée à créer un pôle pluridisciplinaire».
Objet de curiosité, le bâtiment est si grand qu'en fonction des interlocuteurs, sa superficie varie entre 38 000 et 42 000 mètres carrés. Construit dans les années 30 d'après des plans dessinés, dit-on, par André Citroën, le «garage» était une usine. «Cet endroit représente près d'un siècle d'histoire industrielle […] avec laquelle les œuvres vont dialoguer dans ce qui devient une fabrique de la pensée»,dit Bernard Blistène, commissaire de l'année de préfiguration et directeur du centre Pompidou. De même que de vieilles centrales électriques ont donné vie à la Tate Modern de Londres et au musée d'Art, d'Architecture et de Technologie (Maat) de Lisbonne, Bruxelles fait le pari du lifting XXL, à vingt minutes à pied de la Grand-Place, où affluent les touristes.
Environ 125 millions d’euros doivent être injectés, afin qu’à l’horizon 2022 naisse un pôle culturel rassemblant autour du musée un centre d’architecture, un espace dédié aux performances, un auditorium, etc. Charge aux agences de mettre en valeur les surfaces vitrées et la proue arrondie du bâtiment. Le chantier sera lancé fin 2019.
Même si Beaubourg piochera dans ses collections pour le musée, Serge Lasvignes, président du centre Pompidou, veut «travailler avec tous les acteurs de la scène bruxelloise». Mais, d'ici là, l'année de préfiguration frime déjà : des métaux sculptés par Bernard Pagès, César ou Robert Rauschenberg y trônent, ainsi que le Mannequin d'Alain Séchas, près des slogans de Jenny Holzer.
Kanal est la deuxième implantation à l’étranger du centre Pompidou après Malaga où, satisfaite des scores de fréquentation depuis l’ouverture, en 2015, la ville andalouse a renouvelé le partenariat pour cinq ans. L’institution française qui, avec 120 000 œuvres, possède la deuxième plus grande collection au monde après celle du Moma de New York, déboulera en 2019 à Shanghai.




