En raison du statut particulier de la Ville de Paris, l'Etat et la municipalité se renvoient la responsabilité de la multiplication et de l'extension des campements de migrants dans la capitale. Sans que rien ne soit fait pour les mettre à l'abri. Tour à tour, le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, et le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, ont reproché à la maire de Paris, Anne Hidalgo, de ne pas avoir «pris la responsabilité politique de demander l'évacuation» de près de 2 500 personnes vivant dans des tentes et abris de fortune aux abords du périphérique et du canal Saint-Martin (lire ci-contre). Jeudi sur Europe 1, Griveaux, qui ne fait pas mystère de son ambition de se lancer à la conquête de la mairie de Paris aux municipales de 2020, a ajouté que l'exécutif avait finalement «décidé de procéder [au démantèlement des campements], mais le ministre de l'Intérieur se substitue en cela à la mairie de Paris». Réponse de l'Hôtel de ville : le gouvernement a tout pouvoir pour le faire, en raison du statut particulier de la capitale - siège du gouvernement, des ministères, des ambassades… - où le préfet de police, sous l'autorité du ministre de l'Intérieur, dispose de toutes les prérogatives sur la sécurité urbaine, d'ordre public et en partie sur la circulation. «En matière d'occupation de l'espace public, l'Etat a compétence pour intervenir directement», indiquent les services de la maire de Paris. «D'ailleurs, depuis 2015, il y a eu plus d'une trentaine d'évacuations de campements qui ont permis de mettre à l'abri 29 000 personnes, souligne Ian Brossat, adjoint (PCF) au maire de Paris en charge du logement et de l'hébergement d'urgence. Jamais l'Etat n'a expliqué que cela devait être précédé par une demande de la Ville.» Oui mais pourquoi la municipalité n'a pas malgré tout requis l'évacuation de ces campements que des riverains ressentent à la longue comme une gêne ? «Parce que le gouvernement voulait nous contraindre à demander une simple opération de démantèlement sans mise à l'abri des personnes expulsées», répond une source à l'Hôtel de ville.
Les associations de lutte contre l'exclusion expliquent, pour leur part, que les structures d'hébergement, qui ont vocation à accueillir les migrants venant des campements, relèvent d'une prérogative de l'Etat, et non des communes. Elles citent à l'appui l'article 121-7 du code de l'action sociale et de la famille : «Lorsque le ministre de l'Intérieur dit que la mairie de Paris ne prendrait pas ses responsabilités, c'est [de la] mauvaise foi», a ainsi réagi sur France Info Bruno Julliard, premier adjoint (PS) d'Anne Hidalgo. «Collomb est convaincu que la mise à l'abri crée un appel des migrants. C'est pour cela qu'il n'en veut pas», dit-on à la Ville. Cette affaire crispe en tout cas les relations entre la mairie et le gouvernement, déjà très mauvaises. «Benjamin Griveaux se livre à un calcul politicien consistant à faire pourrir des situations inacceptables pour les riverains, dans l'espoir de discréditer la maire de Paris en vue des élections municipales, accuse Ian Brossat. Mais les Parisiens ne sont pas dupes.» Ambiance.




