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Analyse

Au sein de LREM, l’unité n’est plus de rigueur

Entre l’aile droite et l’aile gauche du parti, chacun a fait entendre son point de vue quant à un probable plan drastique d’économies.

Publié le 10/06/2018 à 17h56

zizanie en macronie. Après un mois de mai riche en éclats de voix et en appels à «rééquilibrer» la politique du chef de l'Etat, l'aile gauche de LREM, parlementaires comme soutiens historiques de Macron, se fait entendre. Plus libres de leur parole que les députés, trois fidèles sonnent le tocsin : «Le thème de la lutte contre les inégalités d'accès, qui était constitutif de l'identité politique du candidat, est occulté», écrit le trio d'économistes Aghion-Martin-Pisani Ferry dans une note confidentielle qui ne l'est plus. Et de s'inquiéter de «l'image d'un pouvoir indifférent à la question sociale».

En attendant que le gouvernement détaille ses intentions en matière de lutte contre la pauvreté et d'économies publiques, l'aile gauche de la majorité est invitée à mettre ses critiques en veilleuse. «Notre grand rendez-vous, c'est la publication dans les prochaines semaines du rapport CAP 22 et les décisions du gouvernement afférentes», fait valoir le porte-parole du groupe LREM à l'Assemblée, Gilles Le Gendre, soucieux de faire oublier la polémique sur la «réduction de la politique sociale pour l'emploi» déclenchée par les ministres de Bercy (lire page 4). «Alors qu'il nous faut repenser un modèle d'action publique à bout de souffle, on est entré dans le match de la pire manière.» Un appel au calme que partage sa collègue de la commission des finances, l'ex-juppéiste Amélie de Montchalin : «Ce qui inquiète, c'est le flou, la phase de réflexion. L'été est toujours le moment où tout le monde turbule, où le stress monte. Mais les notes des services ne sont pas des arbitrages.»

Dans ce contexte tendu, le flanc droit de LREM reste déterminé à faire avancer la réduction de la dépense publique. «On ne va pas se mentir, on ne s'est pas encore attaqué à ce chantier. D'ailleurs, la droite n'arrête pas de nous attaquer», explique une députée LREM. Et de promettre que dans les prochains jours, la question des prestations sociales «sera travaillée» : «Ce n'est pas le sujet le plus facile à vendre à l'opinion, même si les Français sont acquis à l'idée qu'il faut réduire la dépense publique».

Le flanc gauche temporise : «Je suis un légitimiste qui a porté le programme du Président, j'assume parfaitement qu'il faille revisiter la dépense publique pour la rendre plus efficace, insiste le député LREM Pierre Person, ancien du Mouvement des jeunes socialistes. Je ne perds pas de vue la promesse de Macron de payer mieux le travail, notamment au travers de la revalorisation de la prime d'activité. Mais il me semble inutile de commenter les rapports des technos de Bercy dont le gouvernement ne retiendra peut-être rien.»

Ce relatif retour au calme, Edouard Philippe y a veillé en personne. Le 7 juin, il avait appelé les députés LREM à «jouer plus collectif» et à ne «pas critiquer dans la presse les propos du gouvernement». Et dans l'entourage du Premier ministre, on prévient la majorité que le grand tournant social espéré par certains n'est pas pour demain : «Il y a au sein de la majorité des députés qui sont encore dans une tradition sociale keynésienne classique. Ce n'est pas notre approche. Plus de social ne signifie pas plus de prestations.» Un ministre abonde : «Ceux qui défendent la revalorisation de telle micro-prestation sociale se trompent de combat. Ce n'est pas une mesure en particulier qui peut avoir un impact sur l'opinion. Notre enjeu, c'est de donner un sens global à notre politique.»

Membre de la commission d'évaluation des politiques publiques, Montchalin pointe l'ampleur des économies à réaliser. Et elle ne manque pas d'idées. «Rien qu'en supprimant les doublons dans les outils numériques de l'Etat [messageries, etc.], on pourrait économiser 600 millions d'euros», affirme-t-elle. Au sein de LREM, personne ne perd de vue la véritable échéance. «Le chantier de la modernisation de l'action publique sera la clé dans les prochaines semaines et jusqu'à la fin du quinquennat», concède Gilles Le Gendre. L'animateur du petit groupe de députés désigné pour en assurer le suivi poursuit : «Ce chantier posera des principes qui introduiront des ruptures fortes dans la manière dont sera conduite l'action publique à l'avenir.» Le tout sous étroite surveillance d'une partie des macronistes mal remis des coupes dans les emplois aidés et des APL. Ainsi de Person qui se fend d'un avertissement : «Attention à ce que les réformes ne soient pas insoutenables pour nos concitoyens.» Comme si le «et en même temps» du parti macronien risquait d'être de plus en plus difficile à tenir.

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