Quelque 400 personnes ont marché dimanche, une rose blanche à la main, de la mairie d’Ychoux (Landes) au domicile de Saïd El Barkaoui, blessé le 20 mai par les tirs de son voisin. Lequel a été mis en examen pour «tentative d’assassinat aggravée par une motivation à caractère raciste». S’il n’est pas mort sous les balles, ce père de six enfants est décédé à son retour au domicile, deux semaines plus tard - vraisemblablement d’une rupture d’anévrisme.
C'était un dimanche, en fin de journée. Saïd, 38 ans, installe des pièges à taupes dans le jardin. Sa compagne, Angelina, 30 ans, prépare le dîner dans la cuisine. Les trois garçons du couple et la petite dernière jouent à l'intérieur. «J'ai tout vu depuis la fenêtre», se souvient-elle, en larmes. Elle aurait d'abord entendu le voisin garer sa voiture. «Debout les mains sur les hanches, il attendait juste que Saïd lève le regard.» Le ton monte. Elle aperçoit soudain l'homme sortir une arme de sa voiture et tirer : «Regarde ce que je suis en train de te faire, enculé d'Arabe !» Cinq balles d'un «pistolet 22 long rifle», selon le procureur de la République de Mont-de-Marsan. Dans l'épaule, le bras (avec lequel Saïd tentait de se protéger le visage), la jambe et le dos. «Mon fils est sorti pour courir vers son père, à terre. Le voisin a dit : "Qu'est-ce qu'il veut celui-là ?" J'ai eu peur qu'il tire sur mes enfants», tremble encore Angelina. Hospitalisé, l'homme d'origine marocaine a pu rentrer chez lui après une première opération. Mais deux balles restaient logées près de sa moelle épinière. «Il était très fatigué, très inquiet. Il n'a pas supporté la pression, la scène tournait dans sa tête», dit la trentenaire. A part un diabète, RAS.
«La question est de savoir si le décès est en lien avec les faits», explique Me Frédéric Dutin, avocat de la famille El Barkaoui. Le cas échéant, le retraité de 67 ans, qui a été placé en détention provisoire, pourrait être mis en examen pour «assassinat». Les résultats de l'autopsie ne sont toujours pas connus.
«Je savais qu'il y aurait un drame un jour ou l'autre», confie la femme du suspect, 65 ans, qui parle d'insultes, d'une musique au niveau sonore «intenable»… «On tombe dans la caricature de l'homme blanc qui tue son voisin arabe, dit Me Anthony Sutter, son avocat . C'est un conflit de voisinage latent qu'on n'a pas su arrêter.»




