Le numerus clausus, censé réguler la population de praticiens en limitant dès le début du cursus le volume d’étudiants admis dans la filière, a fait long feu. Décrit par les uns comme une vieillerie contre-productive, par les autres comme un obstacle à une plus libre et saine compétition entre les aspirants médecins, il est plus prosaïquement le goulet d’étranglement dans lequel viennent chaque année s’écraser les vocations de milliers de candidats. Transformée en une infâme session de bachotage intensif, la première année d’un cursus de médecine, qui en compte onze, récompense des étudiants sans doute plus méritants que les autres, mais sélectionnés en fonction de critères qui n’évaluent pas les dimensions humaines ou relationnelles des candidats. Celles-là même que praticiens et patients s’accordent à définir comme essentielles pour un médecin de notre siècle. Cette véritable machine à dynamiter les vocations fait subir aux dizaines de milliers d’étudiants une pression à la mesure de l’étroitesse du conduit dans lequel ils espèrent entrer. Business juteux pour les diverses prépas et organismes qui conditionnent les aspirants, cette sélection à l’extrême favorise l’endogamie sociale déjà forte de la profession. Preuve aussi que le système est à bout de souffle : ces étudiants recalés qui, ne souhaitant pas sacrifier leur désir de devenir médecin, partent étudier dans un autre pays de l’Union européenne, au prix d’une expatriation longue et parfois coûteuse, pour revenir exercer librement en France une fois diplômés, le plus souvent aux côtés de médecins étrangers dont les diplômes ne sont, eux, pas reconnus, mais dont les compétences permettent dans les faits de faire tourner nos hôpitaux. Nécessaire, la disparition du numerus clausus ne peut être que l’un des éléments d’une réforme plus globale. Il y a urgence.
EDITORIAL
Goulet
Publié le 05/09/2018 à 20h46
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