Hausse de la CSG, revalorisation inférieure à l’inflation des retraites. Les pensionnés ne sont pas à la fête. Trois d’entre eux expliquent leur situation.
Agnès, 68 ans, retraitée du secteur bancaire, Marseille
«Je ne suis déjà pas partie à la retraite par la grande porte. J’ai été licenciée en 2012, à 62 ans, alors que je souhaitais continuer à travailler… Jeune retraitée, il m’a fallu adapter mon fonctionnement pour vivre avec 50 % de mon revenu d’active. En tant que cadre, je gagnais 3 400 euros net par mois. Comme retraitée, je touche 1 200 euros net de la Sécu, auxquels s’ajoutent seulement 600 euros de ma complémentaire de cadre, car j’ai accédé à ce statut tardivement. Quand je suis partie à la retraite j’avais un compagnon, ce qui rendait ma situation financière plus confortable. Désormais, je suis seule. C’est plus compliqué, même si je sais que je ne suis pas à plaindre par rapport à certains.
«Durant la campagne présidentielle, en entendant Emmanuel Macron, je me suis dit qu’il allait faire quelque chose pour notre pouvoir d’achat. Il y avait un aspect humaniste dans son discours. Du moins, j’y ai cru. Je ne pensais pas qu’on en serait là aujourd’hui… Il y a d’abord eu la hausse de la CSG, il y a un an. J’ai perdu 35 euros par mois. Ça ne semble pas énorme, mais à la fin de l’année, ça fait quand même une petite somme. Et maintenant, avec cette revalorisation de seulement 0,3 % annoncée par Edouard Philippe, il va encore falloir faire des économies. Mais sur quoi ? Déjà, je fais attention pour éviter toute dépense inutile. Parfois, je me dis "pourvu que mon four ne tombe pas en panne, parce que je ne pourrai pas sortir de quoi le changer"… J’avais déjà commencé à prendre des petits boulots à côté, pour me faire une cagnotte. Du repassage, de l’administratif pour des gens plus âgés, de quoi gagner quelques sous pour gâter mes petits-enfants… Alors oui, je suis déçue. Ce n’est pas la vie que j’espérais à 68 ans. N’y avait-il pas d’autres dépenses publiques à réduire pour faire des économies ? Ces mesures drastiques touchent encore une fois les plus faibles - et encore, je le répète, je suis une privilégiée. Si au moins, on avait l’impression que ces décisions permettent de résoudre le problème du chômage. Mais elles ne profitent pas forcément aux autres qui n’ont rien.»
Bruno, 64 ans, retraité de la fonction publique, Lille
«Je suis déçu, très déçu. J’avais pensé qu’Emmanuel Macron ferait une autre politique. J’ai voté pour lui dès le premier tour. J’avais de la sympathie pour Benoît Hamon, mais je ne voyais pas où il allait trouver 350 milliards pour financer le revenu universel, avec la dette de la France à presque 100 % du PIB. J’ai toujours voté à gauche, mais je trouvais que les PME avaient besoin d’être aidées, elles ont trop de charges, ce qui freine l’embauche. J’avais envie avec Macron d’une politique nouvelle qui mélangerait la droite et la gauche. Mais augmenter la CSG, cela ne représente pas pour moi une attitude libérale de gauche. J’ai une toute petite retraite de la fonction publique : je touche 650 euros par mois, car je n’ai pas tous mes trimestres. J’ai été en invalidité assez jeune, en 1994. Heureusement que ma femme a une bonne retraite de l’Education nationale, 2 800 euros par mois. Sans elle, je n’aurais qu’une petite chambre, je serais misérable. Quand je travaillais, j’étais photographe professionnel pour la faculté de médecine, en traumatologie : je prenais en photo les lésions pour la littérature médicale.
«Compte tenu de nos deux retraites, avec la CSG, je perds personnellement 7 à 8 euros par mois. Là où je le vois le mieux, c’est sur les cinq années où j’ai travaillé dans le privé : j’avais 38 euros mensuellement, maintenant, c’est 37 euros. Ce n’est peut-être pas beaucoup, mais c’est une question de principe. Toutes les prestations baissent : les 5 euros de moins pour l’APL, c’est vraiment injuste, pour les personnes modestes. Et en ce qui me concerne, maintenant je paye pour dormir, mon somnifère n’est plus remboursé. Ils auraient pu augmenter de deux points la TVA, plutôt que de toucher aux acquis sociaux. Les petites retraites, entre 600 et 1 200 euros, sont vraiment attaquées.»
Dominique, 62 ans, retraité de l’industrie pharmaceutique, Nice
«J’ai toujours voté à gauche. Mais là, il fallait secouer le cocotier, alors j’ai choisi Macron. Je trouvais qu’il amenait une nouvelle manière de faire de la politique, plus moderne. Mais pour le moment, on voit des feuilles qui tombent et on reçoit quelques noix de coco sur la tête. Car Macron a fait une grave erreur : celle de raboter les retraites. Ce n’était pas le bon geste à faire. Mettre à contribution les retraités au-delà de 5 000 ou 6 000 euros, je peux comprendre. Mais pas taper fort sur la classe moyenne. Si on veut chercher de l’argent, on peut en trouver chez les gens qui font des grands profits, en Bourse, les grandes entreprises étrangères… Ce n’est pas en faisant les poches des petits retraités qu’on va sauver les actifs. «Je perçois un peu plus de 2 250 euros net et je vais perdre 50 euros par mois. Avec mon épouse, on a calculé : entre la hausse de la CSG et les pensions qui augmentent moins que l’inflation, on nous enlève 800 euros par an. On aura quelques jours de vacances en moins, mais on ne se plaint pas. Je crains surtout pour les petits retraités qui sont à 10, 15 ou 20 euros près. Avec Macron, c’est le yo-yo émotionnel. Je suis satisfait par l’ouverture à la concurrence de la SNCF. J’aime cette nouvelle vision de la politique avec des gens qui viennent d’autres horizons. Dans le même temps, je suis déçu par la hausse de la CSG et le gel du point d’indice des fonctionnaires. Et il a fait une grossière erreur avec l’affaire Benalla. La seule chose qui me satisfait complètement, c’est que Macron soit respecté dans le monde. Quand je vois la Pologne, la Hongrie, l’Italie… Avec ce qu’il y avait sur la table au second tour de la présidentielle, ça aurait pu être pire. Macron parle bien, il présente bien. La France n’est pas mise sur la touche. Il faut encore attendre un peu pour avoir un jugement définitif.»




