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Libération
A la barre

Deux hommes accusés d’être jihadistes de père en fils

Publié le 27/09/2018 à 20h36

Les départs de jeunes Français vers la Syrie ont souvent dessiné des histoires de bandes de potes, parfois d’amour. Plus rarement de famille : celle d’un père, Lotfi S., et de ses fils, Karim et Mohamed-Emine.

A l’issue d’un long séjour en Syrie, cet homme - qui aurait occupé une fonction stratégique au sein de l’Etat islamique - et ses deux garçons ont été expulsés vers la France au printemps 2015, après avoir été interpellés à la frontière turco-syrienne. Dans leurs bagages, une abondante et alarmante documentation : notices chimiques, tutos d’utilisation de kalachnikovs, cartes aériennes, plans de cockpits et d’avions, captures d’écran de recherches Google Maps sur le pont d’Iéna et la tour Eiffel… Le trio rêvait-il d’un 11 Septembre à la française, comme le soupçonnent les enquêteurs ? Etaient-ils chargés d’une mission ou ont-ils laissé leurs aspirations jihadistes derrière eux ?

Depuis jeudi après-midi et jusqu'à ce vendredi, ce Franco-Tunisien de 50 ans et son aîné de 23 ans comparaissent devant le tribunal correctionnel de Paris pour «association de malfaiteurs en vue de la préparation d'actes de terrorisme». Ils risquent jusqu'à dix ans de prison. Le cadet, mineur au moment des faits, sera jugé devant un tribunal pour enfants à la fin du mois.

Tout commence en 2013. A la mi-octobre, le père emmène sa descendance, dont il a la garde pour les vacances. Direction la Syrie, où ils resteront un an et demi. A leur mère qui signale leur disparition, Karim, l'aîné, diplômé d'un bac scientifique, écrit : «Nous sommes partis là-bas, car c'est une obligation.» Qualifié de «fou extrémiste» par son ex-femme qu'il battait, le père se serait radicalisé dès le début des années 2000. Décrit par les experts comme «brillant» mais pouvant se montrer «particulièrement agressif et menaçant», cet ingénieur et gérant de société semble vouer une solide fascination pour Ben Laden et les pilotes des avions s'étant écrasés sur le World Trade Center.

En Syrie, il aurait, avec ses fils, suivi une formation militaire et participé au maniement des armes - ce qu'ils nient. Surtout, Lotfi S. serait rapidement monté en grade au sein de l'EI, mettant à profit ses connaissances en télécoms. Dans ses échanges par mails ou Skype, il écrit : «Tu peux pas imaginer la douceur du jihad», ou évoque la fierté de «mourir en martyr». Lotfi S. affirme avoir voulu rentrer en France après avoir été emprisonné plusieurs mois par l'EI, à la suite d'une erreur ayant permis aux soldats de Bachar al-Assad d'appeler du renfort en plein combat. C'est pour être libéré et revoir ses fils qu'il aurait simulé son adhésion aux thèses jihadistes.

Mais les magistrats s'interrogent sur «les réels motifs» du trio :«La finalité terroriste de ces notes de méthodologie de pilotage d'un Boeing ne faisait aucun doute».

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