Ils ont commencé leur veillée d’armes, prêts à en découdre, sûrs de leurs convictions et pourtant en plein doute. Les opposants à la PMA pour toutes les femmes, qui sont à peu près les mêmes que les adversaires du mariage pour tous, affichent une détermination inquiète. On les comprend : la réforme a été hautement promise pendant la campagne par Emmanuel Macron et le mouvement En marche. Ceux-ci ont remporté haut la main deux élections successives et disposent d’une majorité écrasante à l’Assemblée. Personne ne comprendrait pourquoi ils devraient soudain revenir en arrière. Ecouter, consulter, comprendre, fort bien. Céder : impossible.
Mais il y a deux raisons plus profondes aux angoisses des tradis. Ils ont d’abord essuyé deux défaites : le pacs est passé, puis le mariage homosexuel. Depuis, aucune des conséquences tragiques agitées à l’époque ne s’est matérialisée. Comme prévu, le «basculement de civilisation» diagnostiqué à l’époque n’a rien changé de tangible dans la vie des Français, sauf pour les couples homosexuels qui ont accédé à une égalité juridique légitime. C’est tout le paradoxe de ces protestations : elles visent, non à défendre les personnes qui protestent, mais à limiter la liberté des autres. C’est la raison pour laquelle la droite française, qui s’était faite la porte-parole des opposants, a très vite abandonné l’idée d’annuler ces réformes. Ce qui revient à les ratifier après coup. La deuxième difficulté est psychologique. La Manif pour tous brandit à tous vents l’intérêt des enfants à venir : faisons-lui crédit de la sincérité. Mais quid de l’intérêt des enfants, bien réels aujourd’hui, élevés par des familles homosexuelles ? Est-ce vraiment leur intérêt que d’être montrés du doigt publiquement comme des enfants anormaux ou bien victimes de leurs parents ? La charité chrétienne, pour le moins, devrait inciter à y réfléchir.




