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Libération
Reportage

Edouard Philippe au Havre, comme si de rien n'était

Le Premier ministre et ministre de l'Intérieur truffe son double agenda de rendez-vous locaux. Pour mieux détourner l'attention d'un remaniement qui se fait toujours attendre.

Edouard Philippe au Havre, ce jeudi. (Photo Albert Facelly)
ParDominique Albertini
envoyé spécial au Havre. Photos Albert Facelly
Publié le 11/10/2018 à 14h59

Elle dit qu'elle est émue et il y a de quoi. «Jamais un Premier ministre n'avait honoré de sa présence un congrès national des greffiers de tribunaux de commerce, insiste Sophie Jonval. Ni un ministre de l'Intérieur.» Des rires fusent dans la salle où la profession tient son congrès ce jeudi, au Havre (Seine-Maritime). A côté de la présidente du conseil des greffiers, il n'y a qu'une seule personne : Edouard Philippe, titulaire ces jours-ci des deux titres. «Je n'ai pas vocation à aller au-delà de ces deux postes, réplique l'intéressé. J'en ai assez… à faire, je veux dire !»

On pouvait croire le Premier ministre «collé» à Paris en l'absence d'Emmanuel Macron, parti la veille pour l'Arménie sans avoir arbitré le futur remaniement, désormais attendu après son retour, vendredi soir. L'ex-maire du Havre s'est plutôt offert un bref retour dans sa ville d'élection. On le pensait absorbé par le casting de sa future équipe, après le départ subi de deux ministres d'Etat en quelques semaines : il a surtout marqué son intérêt pour l'avenir de la justice commerciale. Et pour l'Association nationale des élus du littoral, elle aussi réunie au Havre.

Experts-comptables

Si ces interventions répondent bien à des enjeux actuels – promotion de la loi Pacte et réparation du lien avec les élus locaux – un tel agenda a de quoi surprendre, alors que le gouvernement attend depuis dix jours un ministre de l'Intérieur de plein exercice. «Le Premier ministre poursuivra bien évidemment le travail les jours prochains», avait annoncé l'Elysée au sujet du remaniement, avant le départ du chef de l'Etat pour Erevan. Il n'est pas certain que le dossier ait beaucoup avancé depuis la Normandie. Ni qu'il progresse plus jeudi après-midi, lors du discours qu'Edouard Philippe prononcera à Paris devant des entrepreneurs.

Photo Albert Facelly

Vendredi, le chef du gouvernement passera quasiment toute la journée dans le Puy-de-Dôme, entre rencontre avec les élus du Conseil national de la montagne et intervention au congrès de l'ordre des experts-comptables. Un programme taillé sur mesure pour souligner le détachement philippien vis-à-vis des «péripéties» du moment. Edouard Philippe, qui a moqué mardi la «fébrilité» de l'opposition, entend afficher exactement le contraire. Comme pour démontrer à toute force qu'un gouvernement en sursis n'affecte ni le fonctionnement de l'Etat ni l'humeur de son Premier ministre. Que le temps de ce dernier est plus utilement employé à la promotion des dernières réformes qu'à la recherche de nouveaux ministres. Et qu'il ne serait, au fond, pas si grave que la situation se prolonge encore un peu.

Escapades

«J'avais hâte d'être ici, même si l'impatience n'est pas dans ma nature, comme vous avez pu le constater», a lancé le chef du gouvernement aux élus des communes littorales, dans l'un des quelques sous-entendus qui ont marqué son déplacement. Avant d'anticiper sur une critique attendue : «On s'offusquerait que je vienne vous voir, car vous seriez une petite association. Vous êtes au contraire une grande association.» L'opposition pourrait pourtant voir dans ces escapades un signe de la désinvolture qu'elle reproche à l'exécutif dans le traitement du remaniement. Certains y liront même une marque d'agacement de la part du Premier ministre, dont plusieurs propositions de nouveaux ministres n'ont pas convaincu Emmanuel Macron. L'Elysée comme Edouard Philippe ont fermement démenti toute querelle entre les deux hommes. Fin annoncée de cette course de lenteur: entre vendredi soir et le début de la semaine prochaine.

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