Grenoble, ce nouveau «Chicago français» ? Depuis l'apparition de cette formule choc, fabriquée cet été par le syndicat Alliance, les acteurs de la sécurité locale remettent les pendules à l'heure. «Il y a une tension forte à Grenoble, avec des trafics de drogue plus importants que dans d'autres agglomérations de même taille, des règlements de comptes, des coups de feu, mais il ne faut pas tomber dans le catastrophisme», tempère Jacques Dallest, procureur général de Grenoble. Selon le magistrat, «le chiffre noir, c'est la hausse massive des violences ordinaires, ce phénomène national de "délinquance de comportement"».
Pour le début de l'année 2018, selon les chiffres du parquet, la délinquance globale reste stable dans la ville (+0,57 %) par rapport à 2017. Les violences crapuleuses (vol avec arme, avec violence, vols de véhicules…) accusent une baisse de 10 %. Les coups et blessures non crapuleux relevés, qui englobent les violences dans le cadre familial, font en revanche un bond de 27 %. Soit une évolution plus ou moins conforme à la moyenne nationale, même si elle est plus marquée à Grenoble. Sebastian Roché, sociologue spécialiste de la délinquance et de la police, met en garde contre «un constat partiellement biaisé et alarmiste, fondé sur des chiffres imprécis et des analyses plus qu'insuffisantes». Pour ce qui est des homicides, le taux est 10 fois moins élevé à Grenoble qu'à Chicago en 2016 et 3,5 fois moins élevé pour les vols avec violence. Roché remet donc Grenoble à sa place sur la mappemonde de l'insécurité : «elle ne s'écarte pas des moyennes des villes françaises de cette taille». En ce qui concerne les homicides, le taux est stable sur les dix dernières années, autour de 2 par an pour 100 000 habitants. Ce qui fait dire au chercheur qu'il «n'y a pas d'explosion de la violence à Grenoble».
Mais pour Yannick Biancheri, secrétaire départemental d'Unité SGP Police, «Grenoble est dans le haut du panier» en raison de l'ampleur des trafics et de l'insuffisance, dans ce contexte, des effectifs. A ses yeux, la police grenobloise est «laissée à l'abandon» et ses policiers sont «démoralisés, débordés».Le syndicaliste salue les renforts annoncés et la promesse d'une prime de fidélisation, mais reste prudent sur «l'efficacité de ces emplois pour réduire l'insécurité, car tout dépendra de l'organisation». Policiers, magistrats, même combat : Jacques Dallest pointe également le manque d'effectifs dans la chaîne pénale. Comme le maire, Eric Piolle, qui regrette «la faiblesse des moyens pour la justice et la réinsertion».




