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Libération
EDITORIAL

Tryptique

Publié le 21/10/2018 à 21h26

«Le monde de la caste» serait donc de retour. Au terme d'une semaine où de noirs nuages se sont amoncelés dans le ciel de la mélenchonie, le leader de La France insoumise a retrouvé un vieux réflexe populiste, que ne renieraient pas Donald Trump ou Beppe Grillo : journalistes, juges et pouvoir en place formeraient un triptyque dont les agissements concertés et l'acharnement à lui nuire prouveraient l'existence. Les perquisitions menées au siège du mouvement et aux domiciles de ses responsables, mardi ? L'enquête de Radio France pointant les surfacturations de la société Mediascop pendant la campagne de 2017 ? La mise sur la place publique par Mediapart de la relation «extraprofessionnelle» du leader de LFI avec sa communicante en chef ? Rien de moins que les basses œuvres de «l'appareil médiatique, lié au système judiciaire, lié au système politique», tempête Jean-Luc Mélenchon dans une vidéo tournée sur son smartphone et diffusée vendredi via Facebook Live. «Chaque étape de l'escalade sera suivie par la riposte que nous y apportons, aujourd'hui, demain, toujours, tout le temps», menace-t-il, renouant en quelques jours avec une stratégie d'outrance et d'autovictimisation mise un temps sous le boisseau. Ses appels aux insoumis à se désabonner de Mediapart ou à «pourrir» les journalistes de Radio France - qualifiés de «tricheurs» et d'«abrutis» - sont, de son propre aveu, les réactions d'un homme blessé. Désastreux symbole ? Pas pour les plus fervents des insoumis, dont la base se resserre et se durcit en même temps qu'elle suit Jean-Luc Mélenchon dans ses vitupérantes exubérances complotistes. Mais à quelques mois des élections européennes, ces dérives discréditent aussi, à moyen terme, l'option politique d'un Mélenchon rassembleur de la gauche.

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