Les équipes qui ont parcouru Paris, lors de la «Nuit de la solidarité», pour recenser le nombre de personnes à la rue, ont rencontré 23 familles sans abri (11 couples et 12 parents seuls) accompagnées de 35 enfants, représentant au total 69 personnes, soit un peu plus de 2 % des 3 035 personnes décomptées comme SDF dans la capitale. «Près d'une famille sur deux dit être à la rue depuis plus d'un an», indique l'étude de l'Atelier parisien d'urbanisme (Apur). Dans son analyse des données recueillies cette nuit-là, Marion Giovanangeli (université Paris-Dauphine) note que ce taux de 2 % «ne reflète pas la situation des familles sans domicile dans sa globalité : les sans-domicile ne se réduisent pas aux personnes passant la nuit dans des lieux non prévus pour l'habitation [à la rue, dans des tentes… ndlr]». Se référant à d'autres enquêtes menées depuis plus d'une vingtaine d'années par l'Institut national des études démographiques (Ined) et l'Insee, la sociologue pointe une «massification des familles parmi le public sans domicile à Paris». Une étude (1) menée en 2014 par Emmanuelle Guyavarch, responsable de la régulation au Samu social de Paris, et Elsa Garcin, sociodémographe, met «en évidence l'augmentation constante des familles parmi les personnes prises en charge [par le 115], passant de 13 % à 65 % des hébergés», entre 1999 et 2012, précise Marion Giovanangeli
La précarité n'épargne personne, pas même des familles avec des enfants. Un constat partagé par Pierre Eloy, du Centre de recherche de l'institut de démographie de l'université de Paris-I. «Si le phénomène de sans abrisme [des familles] était marginal dans les années 1990, […] il tend à s'accroître face au nombre de familles toujours plus important ayant recours au […] 115», écrit-il dans l'étude de l'Apur. «La forte augmentation de demandes d'hébergement conjointement à la baisse temporaire des crédits alloués à l'hébergement d'urgence en 2011 conduit les dispositifs du Samu social à la saturation à partir de 2012.» Qui sont donc ces familles à la rue ? Des immigrés primo-arrivants, des Roms expulsés de leurs bidonvilles, des déboutés du droit d'asile qui perdent leur place dans les centres d'accueil pour demandeurs d'asile (Cada), mais aussi des adultes précaires hébergés avec leurs enfants par des tiers (amis, parents…) et dont la cohabitation cesse.
(1) «Publics hébergés par le 115 de Paris : une forte progression des familles», Informations sociales n° 182 (année 2014).




