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Libération
Éditorial

Violence

Publié le 05/11/2018 à 20h06

Selon le Washington Post, Donald Trump, pendant cette campagne des midterms, ment trente fois par jour en moyenne, sur toutes sortes de sujets. Pas grave : sa rhétorique insensée continue d'animer un débat public d'une violence inouïe et lui donne une chance de franchir l'obstacle des élections intermédiaires, toujours dangereux pour le président en place. Cette situation politique en dit long sur l'état de la démocratie américaine : en d'autres temps, la première affabulation grossière du candidat l'aurait écarté sans rémission de la candidature. L'incroyable, c'est qu'une immense vague de protestation civique n'ait pas encore mis en quarantaine ce président cynique, raciste, sexiste, méprisant et menteur. Il est vrai que Trump peut faire valoir quelques résultats, notamment l'insolent dynamisme de l'économie américaine ou bien sa gestion expéditive de l'immigration, qui plaît à une grande partie de l'opinion américaine. C'est la difficulté avec les nationalistes : il arrive qu'ils atteignent leurs propres objectifs, immoraux ou scandaleux mais sources de popularité. Elu par la classe populaire ou moyenne, Trump a outrageusement favorisé les plus riches par ses mesures fiscales. Mais le climat pro-business ainsi créé, accompagné d'un déficit budgétaire record, a encore gonflé une croissance entamée sous Obama. De même, le déploiement de l'armée sur la frontière sud, mesure extravagante, donne le sentiment que les Etats-Unis se protègent avec efficacité d'une prétendue invasion, reléguant les défenseurs des droits de l'homme dans les limbes de la bien-pensance. Pour cette raison, les démocrates ne sauraient vendre, avant de l'avoir défait, la peau du Donald.

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