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Aux rond-points

A Montpellier : «Ils nous ont déplumés. On est tous à poil»

À Montpellier, comme à Béziers (Hérault), Nîmes (Gard) ou Perpignan (Pyrénées-Orientales), l’autoroute A9 a été visée par de nombreuses actions.

Barrage filtrant au niveau du rond-point des Prés d'Arènes, à Montpellier, le 17 novembre 2018. (Photo David Richard. Transit pour Libération)
ParSarah Finger
correspondante à Montpellier
Publié le 17/11/2018 à 13h57

La pluie qui tombe sans discontinuer refrène à peine leurs ardeurs : à Montpellier (Hérault), le rond-point des Prés d'Arènes, qui dessert l'autoroute A9 ainsi que le sud de la ville est bloqué depuis ce matin par environ 200 gilets jaunes. Quelques camions stationnés en travers des voies permettent de filtrer, au compte-gouttes, le trafic. Certains automobilistes roulent à contresens pour tenter de s'exfiltrer de cette vaste pagaille. Aucun uniforme n'est visible sur la zone. «Des policiers sont passés plus tôt dans la matinée : ils sont venus nous serrer la main et ils sont repartis», raconte Florent, un étudiant de 24 ans mobilisé ici pour témoigner de son inquiétude face à l'avenir.

À ses côtés, Robert, 48 ans, salarié de la fonction publique, fait part de son ras-le-bol : «Les élus n'écoutent plus leurs administrés. Je ne crois plus en grand-chose. J'ai toujours voté mais maintenant, je vais m'abstenir.» Même amertume chez Claude, 63 ans, qui résume, un brin cynique : «Ils nous ont déplumés. On est tous à poil». Romy, une apprentie coiffeuse de 26 ans, s'abrite de la pluie sous un drapeau tricolore. Tandis que la Marseillaise est diffusée sur des enceintes amenées jusqu'ici par des manifestants, la jeune femme explique : «On est là pour se battre pour la France. Pour nos parents, pour nos enfants. Pour mon père qui est à la retraite, pour mon neveu qui a trois ans.» Romy désigne un gros sac à provisions posé à côté de sa voiture, garée en plein sur le rond-point : elle, comme les autres gilets jaunes qui occupent les Prés d'Arènes, ont prévu de rester ici. Le temps qu'il faudra, disent-ils.

Les gilets jaunes se mobilisent devant le rond-point des Prés d'Arènes, à Montpellier.Photo David Richard.Transit pour Libération

Cette mobilisation porte ses fruits dans la région. À Montpellier comme à Béziers (Hérault), Nîmes (Gard) ou Perpignan (Pyrénées-Orientales), l'A9 est depuis ce matin visée par de nombreuses actions : accès bloqués, opérations escargots, barrières de péage ouvertes… Dans la matinée, Nîmes comptait déjà plusieurs barrages (parfois renforcés par la présence de motards en colère) tout comme Alès, Bagnols-sur-Cèze ou Beaucaire où, selon le quotidien Midi Libre, une voiture tentant de forcer un barrage aurait fait deux blessés. Perpignan est également touchée par plusieurs points de blocage.

Dans l'Aveyron, le mouvement des gilets jaunes paralyse Millau tandis que plusieurs barrages se concentrent sur Saint-Affrique. Après un rapide vote à main levée, des manifestants ont décidé d'occuper le péage du viaduc de Millau, et donc de bloquer l'A 75. Dans l'Hérault, les points déblocage sont nombreux à Sète, Mèze, Balaruc, Lodève, Clermont-l'Hérault, mais aussi à Béziers, où des radars auraient été endommagés. Le maire d'extrême droite, Robert Ménard, a d'ailleurs posté une vidéo sur twitter pour réaffirmer sa solidarité envers le mouvement ; quelques jours plus tôt, il avait fait placarder dans les rues de Béziers des affiches proclamant : «Macron m'a tuer» avec cet ajout, en guise de signature : «La France qui fume des clopes et roule en diesel».

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