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Libération
Éditorial

Raison

Publié le 27/11/2018 à 20h36

Comment l'esprit vient aux gouvernants… Plusieurs commentateurs, plusieurs acteurs syndicaux ou politiques (Berger, Royal, Faure, Hollande, et certains députés LREM) suggéraient de changer de méthode, d'ouvrir une discussion, de chercher un compromis avec cette France levée spontanément pour dénoncer ses conditions de vie et son pouvoir d'achat insuffisant. Il s'agissait, entre autres, d'insérer dans la négociation sociale ceux qui ne se sentent ni écoutés ni représentés. Dix jours plus tard, le président de la République se rallie à cette procédure. Il est temps. Comme quoi les vieilles solutions sociales-démocrates peuvent encore servir… Qu'y a-t-il de tangible derrière ce changement de ton ? Une concession importante, le rétablissement annoncé d'une taxe pétrolière modulable selon les variations du cours du brut. Une confirmation des compensations proposées pour faciliter la transition énergétique. Une «trajectoire nucléaire» intermédiaire entre la chèvre EDF et le chou écologiste. Pour le reste, les modalités sont renvoyées à un débat décentralisé et aux discussions directes entre «gilets jaunes» et exécutif. C'est là que le bât blesse : les réponses les plus concrètes sont renvoyées à trois mois, au terme d'une discussion éparpillée destinée à faire retomber la température sans autre concession majeure, par exemple sur une meilleure répartition des richesses et une justice fiscale plus convaincante. Ce report à trois mois peut aiguillonner le mouvement au lieu de le refroidir. Déjà les gilets jaunes trouvent tout cela insuffisant, relayés par toute l'opposition. Tout dépend en fait de la manière dont on applique la nouvelle formule de fixation des prix des carburants. En janvier ? Ou bien en attendant une hausse hypothétique du brut ? Il y a place pour la négociation. Une manière rationnelle de poursuivre le mouvement.

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