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Analyse

Baisse des impôts : l'exécutif cherche le moyen d'«accélérer»

Emmanuel Macron et Edouard Philippe envisagent un nouveau geste fiscal, mais pas avant d'avoir dégagé de nouvelles économies dans le budget de l'Etat.

Emmanuel Macron, à l'Elysee, le 21 novembre. (Photo Thibault Camus. AFP)
Publié le 30/11/2018 à 13h52

Nul ne l’ignore dans le camp présidentiel. Si, dans le conflit qui l’oppose aux gilets jaunes, l’étincelle est venue de la fiscalité des carburants, c’est bien le niveau général des taxes et impôts qui alimente l’incendie. Mais l’aspect le plus évident de la crise est aussi le plus difficile à traiter, vu l’exigeante trajectoire budgétaire que s’est assignée l’exécutif.

Emmanuel Macron s'est bien engagé à diminuer d'un point d'ici à 2022 le niveau des prélèvements obligatoires – le plus élevé de l'Union européenne en 2017, à 48,4% du PIB selon Eurostat. Mais «ce que nous disent nos concitoyens, c'est que ça ne va pas assez vite», a reconnu mardi le chef de l'Etat, plaçant le sujet «au cœur de la réponse qu'il me revient d'apporter dans les prochains mois». Mercredi, c'est Edouard Philippe qui a déclaré «partager l'impatience sur le fait qu'il faudrait aller plus vite dans la diminution des impôts et des taxes». Tout en multipliant les réserves : «Je ne peux pas le faire à un rythme déraisonnable», a-t-il souligné, baisser les impôts ou augmenter certaines dépenses obligeant à en «diminuer [d'autres] plus fort ailleurs».

«Illisible»

Pas question en effet de franchir à nouveau la limite des 3% de déficit public, dont l’exécutif fait une condition de sa crédibilité européenne. La France en sera déjà dangereusement proche l’année prochaine, avec un déficit attendu à 2,8%. Ces contraintes, font observer nombre d’opposants et même quelques députés LREM, n’ont pas empêché l’Etat de se priver cette année d’environ 3,2 milliards d’euros de recettes, suite à la suppression de l’ISF. Avec un terrible effet d’image pour la majorité, nourrissant le sentiment d’injustice fiscale.

Et si les amis du président s'efforcent de longue date de mettre en avant les baisses destinées aux classes moyennes et populaires, l'exercice est ingrat, déplore un ministre : «Quand on touche aux cotisations et que ça fait vingt balles de plus à la fin du mois, il y a des chances que vous ne le voyiez même pas. Et si vous le voyez, vous dites plutôt "merci patron" que "merci le gouvernement".» Pour un député LREM, «le seul truc qu'on aurait pu mieux faire depuis dix-huit mois, c'est de diminuer d'un coup les impôts. Etaler les baisses les a rendues illisibles : les gens se souviennent des cinq euros d'APL en moins, pas des 20 euros de plus sur leur feuille de paie».

«Nouveau chapitre»

Faire plus, ou plus vite ? L'idée est d'autant plus tentante que la séquence 2019-2022 verra se succéder les scrutins locaux et nationaux et que des marges budgétaires doivent d'ici là s'être reconstituées. «Dans deux ans, on sera à 1,4%» de déficit, rappelle en souriant un ministre.

L'exécutif voudra-t-il accélérer la disparition de la taxe d'habitation ? Celle-ci doit être effective pour 80% des Français en 2020 et pour les autres d'ici la fin du quinquennat. Sera-t-il tenté de baisser l'impôt sur le revenu (IR) ? Certes, seuls 43,1% des ménages la payaient l'an dernier. «Mais chez les gilets jaunes, il y a aussi de petits entrepreneurs, des artisans, estime une source gouvernementale. Typiquement des gens qui paient l'IR, sans doute en s'estimant surcontribuables et sous-bénéficiaires» des aides publiques.

Un segment que l'on a désormais à l'œil dans la majorité, où certains estiment qu'entre la suppression de l'ISF, offrande aux plus riches, et les différents dispositifs centrés sur les Français modestes, trop peu a été fait en faveur du «milieu de cordée». Enfin, avec la mise en œuvre du prélèvement à la source en janvier, toute baisse de l'IR aurait un impact visible sur la fiche de paie des travailleurs imposables. Même si dans l'immédiat la réforme du prélèvement est surtout une source d'inquiétude pour le gouvernement.

À ce stade «rien n'est calé», insiste-t-on cependant à Matignon comme à Bercy. Mardi, Emmanuel Macron a lié tout nouveau geste fiscal à l'ouverture d'un «nouveau chapitre» de la réforme de l'Etat. Lancé l'an dernier, cet ambitieux processus est censé améliorer le service rendu, mais surtout dégager de considérables économies. Le chef de l'Etat pourrait en dire plus le 12 décembre dans un discours devant 1 800 hauts fonctionnaires, qui doit mobiliser une administration jugée inerte vis-à-vis des réformes macronistes.

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