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Libération
Éditorial

Vaisseau fantôme

Publié le 05/12/2018 à 21h26

Telle une coque de noix ballottée par les vagues, le gouvernement tangue et roule dans la tempête. Après avoir clamé partout qu'il «maintenait le cap», il a soudain abandonné ses projets de hausse des taxes sur les carburants. Avec un président muet, un Premier ministre semi-zombiesque, des députés amateurs qui chancellent sous les coups, l'équipe macronienne à tout du vaisseau fantôme. On ne voit guère, aujourd'hui, comment le gouvernement évitera des concessions de pouvoir d'achat. Les manifestants se battent depuis trois semaines, confortés par la solidarité qui se noue entre eux, toujours soutenus par l'opinion malgré les violences de samedi dernier. Comment délégitimer des Français aux maigres revenus qui demandent une rallonge leur permettant de faire face à des fins de mois difficiles ? Avec une difficulté supplémentaire : ce mouvement spontané formule des demandes matérielles que tout le monde comprend, mais ne parvient pas à s'organiser un tant soit peu pour participer à une négociation sérieuse. Ambiguïtés de ces gilets jaunes dont les revendications sociales sont convaincantes mais dont la défiance envers toute représentation confine au nihilisme politique. Mouvement égalitaire, progressiste dans sa face sociale, mais tirant vers un poujadisme très «ancien monde» dans sa détestation de la classe politique (renaissance du vieux «tous pourris…») et dans son allergie à toute délégation. Avec le risque d'une minorisation (le nombre des manifestants décroît de semaine en semaine) qui pourrait déboucher sur une nouvelle et très condamnable poussée de violence. Bientôt l'évidence s'imposera : le Président, qui pour l'instant rase les murs, devra bien monter en première ligne pour proposer une solution à la crise. Quand on est la cible principale, on ne peut pas rester immobile.

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