Menu
Libération
Editorial

Frustration

Publié le 16/12/2018 à 20h56

Au vu de la faible mobilisation de samedi, force est de constater que le mouvement des gilets jaunes marque le pas, à défaut d'être complètement terminé. Lassitude ? Résignation ? Les annonces du président de la République en faveur des plus modestes ont momentanément apaisé la colère et permis de restaurer les conditions d'un dialogue qui n'a désormais d'autre alternative que d'être constructif. Mais la seule magie de Noël ne suffira pas à dissiper le malaise exprimé sur les ronds-points, sur les plateaux de télévision et les réseaux sociaux. Et le risque est grand qu'à l'exaspération de ne pas avoir été entendu assez vite succède la frustration de ne pas vivre vraiment mieux. D'autant que ceux qui se reconnaissent dans les revendications pour davantage de justice fiscale et sociale sont en nombre bien supérieur à ceux qui ont battu le pavé depuis un mois. Emmanuel Macron le sait : il s'est tiré de la mauvaise passe dans laquelle il était engagé à grand renfort de coûteuses mesures devant désormais être inscrites dans la loi et dans un budget 2019 flirtant déjà avec le déficit autorisé par Bruxelles. Tenir les engagements pris impose d'agir vite, dans un calendrier déjà fortement contraint. Le prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu entrera en vigueur le 1er janvier, alors que doivent être lancées de lourdes réformes structurelles : assurance chômage, retraites ou fonction publique… Autant de bombes à retardement potentielles, qui ne manqueront pas de s'inviter dans la grande concertation nationale appelée de ses vœux par le chef de l'Etat, et destinée à prendre le pouls d'une France qui souffre. «J'ai entendu les colères», assurait le candidat Macron face à Marine Le Pen lors du débat d'entre-deux-tours de l'élection présidentielle. Au Président qu'il est aujourd'hui d'en faire la démonstration. Comme au premier jour du reste de son quinquennat.

Dans la même rubrique