Selon les derniers chiffres de l'Insee (2011), ressortis chaque année faute d'actualisation, 2,5 millions de Français, soit 7 % de la population des 18-65 ans sont touchés par l'illettrisme en France métropolitaine. Des personnes ayant «reçu un apprentissage durant leur scolarité», mais qui n'ont pas acquis «une maîtrise suffisante» de la lecture, de l'écriture et du calcul «pour être autonomes dans les situations simples de la vie courante». Elles «n'en sont pas à un degré zéro du savoir lire et écrire» mais sont à la peine pour déchiffrer un SMS, faire une liste de courses, payer les factures, écrire une lettre.
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Qui sont-ils, ces 2,5 millions d'individus touchés par ces difficultés ? Un peu tout le monde. Des ouvriers, des artisans, des cadres. Des miséreux, des bienheureux. La moitié d'entre eux ont plus de 45 ans, 60 % sont des hommes, 40 % des femmes, 50 % habitent dans des «zones peu peuplées» et 50 % résident en ville. Un dixième d'entre eux vit dans des «zones urbaines sensibles» (ZUS). Plus de la moitié ont une activité professionnelle, 10 % sont chômeurs, 16 % retraités, 14 % en formation, 8 % sont «au foyer». «On présente souvent la catégorie des illettrés comme une population tout à fait homogène, aux caractéristiques sociales et culturelles bien connues de tous, comme s'il existait un prototype d'illettrés», fait remarquer la chercheuse France Guérin-Pace dans son enquête de 2009 Illettrismes et parcours individuels (Ined). L'illettrisme est ainsi traité comme un «problème social» associé au chômage, à la pauvreté, à l'exclusion, aux difficultés d'insertion, à la délinquance glissant de la simple association à la causalité. Or il n'existe pas un illettrisme mais des illettrismes, à manifestations variables et à causalités diverses. Les causalités ? «L'absence de pratique de la lecture dans le milieu familial, un parcours scolaire ponctué de redoublements et/ou de changements d'établissement, un décès dans la fratrie, des violences subies à l'école… Tout événement perturbateur durant l'enfance ou l'adolescence, qu'il soit d'ordre scolaire ou familial.»
Des disparités géographiques sont tout de même à relever : alors que l'Ile-de-France compte environ 5 % d'illettrés, la Picardie et le Nord-Pas-de-Calais en compte au moins 11 %, la Guadeloupe et la Guyane sont autour des 20 %, la Réunion et la Martinique frôlent respectivement les 23 % et les 14 %. A Mayotte, le taux grimpe à 41,6 % - le français n'étant la langue maternelle que «d'un Mahorais sur dix» et donc rarement utilisé au quotidien.
Déclaré «grande cause nationale» en mars 2013 par le gouvernement précédent (qui affichait l'objectif de passer de 7 % à 5 % de lecteurs en difficulté), l'illettrisme en France est une réalité aujourd'hui classifiée par l'OCDE : selon l'organisation, la France se situe au 22e rang sur 24 pour «la capacité de ses adultes à comprendre et à réagir face à un texte écrit». Une situation d'illettrisme qui ne doit pas être confondue avec l'analphabétisme : une personne analphabète n'a jamais été scolarisée, il s'agit donc pour elle «d'entrer dans un premier niveau d'apprentissage de l'écrit», comme le définit l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme (ANLCI). L'Insee estime que moins de 2 % des Français seraient concernés.




