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Libération
Éditorial

Première étape

Publié le 15/01/2019 à 20h27

La fête est finie ? Passé l'euphorie des débuts, les plateformes de services sur Internet, dont les enseignes les plus connues comme Uber ou Deliveroo, sont en train de se faire rattraper par la patrouille. Mauvais augure pour elles que cet alignement des planètes qui voit les juridictions de plusieurs pays européens donner raison aux mécontents. Ils se plaignent de ne pas avoir, en retour de leur travail, droit aux plus élémentaires des protections (assurance maladie, indemnités de licenciement, chômage…) que la société accorde au commun des salariés, tout précaire - à temps partiel ou à durée déterminée - qu'il soit. Excellent signal en retour pour ces travailleurs indépendants, uber-actifs convertis plus ou moins volontaires à l'autoentreprenariat, à qui on ne peut que reconnaître un goût de l'effort certain. La réalité de leur situation, telle que racontée par les ubérisés dont Libération dresse le portrait, est loin des espoirs qui avaient motivé leur investissement de départ : horaires extensifs, revenus faiblards grevés par des charges souvent sous-évaluées, désillusions voire dépression, et dans les pires cas, une flopée de dettes à éponger. Avec pour seule prime, l'amère impression de s'être fait berner. L'uber-économie, un miroir aux alouettes ? En l'absence d'un droit adapté, c'est bien possible. Et c'est ce vide juridique que plusieurs décisions de justice rendues ces dernières semaines s'appliquent à combler. Pas totalement pour l'heure, mais la première pierre est posée : en reconnaissant aux quelques courageux qui ont porté le fer devant les tribunaux la réalité d'un «lien de subordination» avec l'entreprise, le seul à même de requalifier leur activité en contrat salarié, les juges ont ouvert la voie. Une première étape qui intime à tous, syndicats et législateurs en tête, de se saisir sans tabou du sujet. La bataille du travail ne fait que commencer.

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