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Libération
Éditorial

Flamboyant

Publié le 23/01/2019 à 21h06

Les charges qui semblent s'accumuler contre Carlos Ghosn n'ont pas, pour l'instant, fait l'objet d'un examen raisonné, contradictoire et public. Hors de question, donc, de gloser sur sa culpabilité ou son innocence, tant que la procédure judiciaire japonaise, étonnamment rigoureuse, n'est pas allée plus avant. On peut néanmoins formuler quelques remarques adjacentes qui éclairent les pratiques du petit monde enchanté des grands dirigeants mondiaux et ne sont guère à l'avantage du PDG sortant de Renault-Nissan. On se souviendra d'abord d'une affaire de 2011, quand Carlos Ghosn était allé au journal télévisé et avait chargé comme des mules trois de ses cadres remerciés pour avoir transmis, disait-il, des informations sensibles à la concurrence. Un an plus tard, les trois hommes avaient été réintégrés avec des excuses. Ainsi la présomption d'innocence dont Carlos Ghosn peut se prévaloir à juste titre n'avait pas été accordée à ses salariés accusés, puis blanchis. De même, on ne sait ce qu'il en est au juste des déclarations - ou des non-déclarations - de revenus que la justice japonaise lui impute à charge. Mais on vient - dans Libération - de révéler que le flamboyant PDG s'était domicilié fiscalement aux Pays-Bas, pays où il met rarement les pieds mais où les taux d'imposition sont très accueillants. Pour un homme qui doit beaucoup au système méritocratique français et aux entreprises nationales (Polytechnique, Michelin, Renault), voilà une leçon de civisme à l'envers qui ne peut améliorer la réputation de l'intéressé, ni celle de la classe dirigeante. Si l'on ajoute à cela une méthode de gouvernement solitaire, jugée souvent arrogante, une volonté manifeste d'écarter tout dauphin dont l'étoile aurait pu éclipser la sienne, on comprend pourquoi, en dépit des résultats excellents de Renault-Nissan ces dernières années, il n'y ait pas grand monde pour défendre l'illustre prévenu de Tokyo.

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