Le député de La République en marche (LREM) Adrien Taquet vient d'être nommé ce vendredi secrétaire d'Etat chargé de la Protection de l'enfance, auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn. Annoncée par l'Elysée, sa mission sera de mettre en œuvre la «stratégie nationale pour la protection de l'enfance et de l'adolescence» qui devrait être présentée lundi après des mois de reports. Julien Gerland est éducateur spécialisé à l'Association pour la réalisation du projet éducatif du jeune et de l'enfant (Arpeje) et syndiqué à SUD Santé Sociaux 49.
Comment réagissez-vous à cette nomination ?
Je suis mitigé. D'un côté, on peut se dire que c'est une réelle bonne nouvelle, que le gouvernement a enfin pris conscience de la grave dégradation de la situation de la protection de l'enfance en France et qu'il a décidé d'agir vite face à des besoins urgents. D'un autre côté, j'ai bien peur que cette bonne nouvelle ne soit qu'un effet d'annonce. Cela ne suffit pas de nommer une personne à un poste spécifiquement dédié à la problématique si le sujet n'est pas pris à bras-le-corps. Il va falloir repenser notre système de protection en profondeur. Il est très mal en point et de simples pansements ne suffiront pas à soigner les plaies béantes. Je me méfie du gouvernement car je crains qu'il ne veuille guérir les choses que de manière superficielle. Le 16 janvier, Agnès Buzyn était invitée à débattre en plateau après la diffusion de l'enquête Pièces à conviction (sur France 3) mais elle ne s'est pas déplacée. Le message est très négatif.
Qu’espérez-vous du plan en faveur de l’enfance qui doit être annoncé lundi ?
Nous concrètement sur le terrain, nous subissons la diminution des moyens alloués aux établissements spécialisés dans la protection de l'enfance (foyers, maisons d'enfants à caractère social, pouponnières, centres de placement familial socio-éducatif…) donc bien sûr, nous souhaitons avant tout une augmentation des budgets pour pouvoir faire correctement fonctionner ces structures. Aujourd'hui, certains centres sont contraints de recruter du personnel moins qualifié, voire non qualifié, tout simplement parce qu'ils n'ont plus les moyens de payer les professionnels. Ces nouvelles recrues sont souvent pleines de bonne volonté mais sans formation, ils se retrouvent en grande difficulté face à des enfants aux problématiques complexes. De même, nous n'avons pas d'argent pour offrir une formation digne de ce nom aux familles d'accueil. Elles se retrouvent ensuite démunies d'aides et de clés de lecture pour s'occuper de gamins fragiles. Tout cela nous a menés à une crise de la vocation : les travailleurs sociaux de la protection de l'enfance n'arrivent plus à protéger les enfants comme ils le voudraient et sont en quête d'un sens à leur travail.
En novembre, la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, affirmait que la protection de l’enfance relevait de la responsabilité des départements. Aujourd’hui, le gouvernement décide finalement de porter le sujet…
La position est ambiguë certes, mais je pense que c'est une bonne décision que de recentraliser un minimum la question de la protection de l'enfance au niveau de l'Etat. Les différentes lois ne servent qu'à poser un cadre global et donner les orientations générales mais concrètement, chaque département applique la politique de protection de l'enfance qu'il souhaite. Il y a donc une inégalité des chances pour les gamins en fonction d'où ils habitent sur le territoire, en fonction de la couleur politique de leur conseil départemental, en fonction des dotations consacrées pour leur venir en aide. Ce n'est plus tolérable.




