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Récit

De Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, les politiques tous azimuts

Tandis que le chef de l’Etat s’est rendu en Alsace avant de rejoindre le Mémorial de la Shoah, responsables de parti et élus ont réagi tout au long de la journée de mardi.

Edouard Philippe, au rassemblement contre l'antisémitisme à Paris, le 19 février. (Photo Boby pour Libération)
Publié le 19/02/2019 à 20h36

Le hashtag est devenu le mot d'ordre. Mardi matin, #JeDisNon est brandi pour dénoncer la recrudescence des actes antisémites et battre le rappel avant la grande manifestation parisienne. «Tous les élus de la nation doivent se rassembler d'où qu'ils viennent», insiste le président de l'Assemblée, Richard Ferrand. Récit d'une journée particulière.

10 h 30 : Contre-attaque des insoumis

«La lutte contre l'antisémitisme est fondamentale», tonne Jean-Luc Mélenchon en direction de ceux qui l'accusent d'«ambiguïtés». Face à la tornade d'accusations qui vise son mouvement depuis samedi, il a organisé une conférence de presse à l'Assemblée pour rappeler que son courant politique a toujours combattu toutes les agressions : «On ne peut pas être raciste et membre» de La France insoumise. Mais si le député sait bien que, chaque samedi, des antisémites, des racistes et des homophobes se baladent avec un gilet jaune sur le dos, il refuse d'en faire une majorité. Mélenchon lance donc un message : «Nous partageons l'exigence des leaders du mouvement des gilets jaunes : il faut que les actes racistes, antisémites ou homophobes soient bannis de ce mouvement.»

11 h 30 : Cérémonie présidentielle

Depuis le week-end, la pression montait, de nombreuses voix réclamant la présence d'Emmanuel Macron à la manifestation place de la République pour signifier la mobilisation au sommet de l'Etat, à la manière d'un Mitterrand après les profanations de Carpentras (Vaucluse). L'Elysée a coupé la poire en deux : sans aller au rassemblement, Emmanuel Macron a choisi de se rendre en début de soirée au Mémorial de la Shoah, avec les présidents de l'Assemblée et du Sénat. L'annonce de l'Elysée tombe en même temps qu'une dépêche AFP : dans la nuit de lundi à mardi, plus de 90 tombes du cimetière juif de Quatzenheim (Bas-Rhin) ont été profanées, recouvertes de croix gammées.

14 h 30 : Macron promet «des actes forts»

A Quatzenheim, le Président a assisté à la «prière pour les morts» prononcée par le grand rabbin Haïm Korsia. A sa sortie du cimetière, il prend la parole : «Maintenant, nous sommes dans l'émotion […]. Au-delà de l'émotion, cela doit durer, dans les consciences au premier chef. Que l'on pense que l'on puisse faire bégayer l'histoire, c'est un échec. Ce sont des actes, forts, clairs, que nous prendrons.» Notamment, dit le chef de l'Etat, «des lois». Sans en dire plus.

15 h 00 : Cause commune à l’Assemblée

«Une fois de plus, une fois de trop» : Richard Ferrand ouvre la séance de questions au gouvernement en dénonçant «une vague d'actes antisémites sans précédent». Au-delà de la condamnation unanime, que faire après la marche de mardi soir ? C'est la question posée au gouvernement sur tous les bancs. «Après chaque drame, nous nous sommes indignés [mais] la situation ne fait qu'empirer», s'inquiète François Pupponi, ancien maire de Sarcelles (ex-PS, sans étiquette), où une synagogue a été visée par des tirs vendredi. Présidente du groupe socialiste, Valérie Rabault réclame la poursuite systématique des actes antisémites, la création d'une mission parlementaire permanente sur l'antisémitisme et une action pour que «notre droit cesse d'être bafoué sur les réseaux sociaux». Constance Le Grip (LR) demande des mesures «contre l'antisémitisme islamiste» et le député UDI franco-israélien Meyer Habib pousse pour une loi contre l'antisionisme. «Dénoncer, se rassembler, marcher ne suffit pas», convient Edouard Philippe. L'exécutif veut donc «améliorer [son] niveau de réaction», ce qui passe, entre autres, par une meilleure formation des agents publics, magistrats et forces de l'ordre, et des enseignants : «La lutte contre l'antisémitisme est l'affaire de tous, c'est l'évidence.»

15 h 30 : Le Pen écrit à Finkielkraut

Tenue à l'écart du rassemblement parisien, Marine Le Pen n'entend pas être en reste. La présidente du Rassemblement national a rendu publique une lettre à l'académicien : «Je tenais à vous témoigner l'expression de notre sympathie et […] de notre admiration. Les mots proférés contre vous nous ont blessés en tant que Français.» Son mouvement est allé déposer une gerbe à Bagneux (Hauts-de-Seine) devant la plaque d'hommage au jeune Ilan Halimi.

17 h 30 : Sylvain Maillard sort les rames

Parti bille en tête sur l'idée de faire de l'antisionisme un délit, le député LREM Sylvain Maillard remballe sa proposition, très fraîchement accueillie par l'ensemble de la majorité et retoquée par le chef de l'Etat. Le président du groupe d'études sur l'antisémitisme annonce désormais vouloir plancher avec ses collègues sur une meilleure définition de cette discrimination. Plutôt qu'une proposition de loi, ils comptent déposer une proposition de résolution (non contraignante). «Une forme plus solennelle qui nous permettra d'avoir un large rassemblement», explique sa collègue Elise Fajgeles. Sans forcément compléter l'arsenal législatif, Maillard compte ainsi envoyer«un message politique» pour rendre «automatiques» les poursuites d'actes antisionistes : «On ne peut pas s'en tenir à une situation où "sale sioniste de merde" est laissé à l'appréciation du juge», continue-t-il. Pour Elise Fajgeles, l'idée est d'aller «chercher si, sous couvert d'antisionisme, l'auteur de certains propos véhicule la haine des juifs».

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