C'est un petit rayon de soleil, tel celui qu'on verrait du fond du Vésuve, où se trouve la gauche italienne. Le Parti démocrate, ancien Parti communiste italien, devenu une formation de gauche classique, a porté à sa tête Nicola Zingaretti, président de la région du Latium. Rien de bien sensationnel a priori pour cette formation ancienne qui est plus proche de la roche Tarpéienne que du Capitole. Mais cet élu régional doté d'une bonne réputation de gestionnaire a été désigné au terme d'une primaire ouverte ; il attendait environ 1 million d'électeurs, ils sont plus de 1,7 million à s'être déplacés, faisant preuve d'une mobilisation inattendue. Zingaretti y voit le signe d'un renouveau, «quand certains ouvrent le champagne quand ils atteignent 30 000 votes sur Internet», faisant référence aux votes en ligne organisés par le Mouvement Cinq Etoiles, et que le triste bouffon Beppe Grillo présente comme le nec plus ultra de la démocratie nouvelle. Zingaretti ne prise guère les réseaux sociaux, devenus le canal privilégié d'expression pour le vice-Premier ministre d'extrême droite, Matteo Salvini, et qui véhiculent plus d'éructations que d'idées.
Zingaretti s'est présenté sur une «ligne de gauche», en opposition avec le tour très libéral pris par le PD sous la direction de l'ancien leader Matteo Renzi. Il tient un discours social et écologique qui touche l'opinion, notamment dans les régions déshéritées où, jusque-là, les Cinq Etoiles tenait le haut du pavé avant de subir une baisse d'audience carabinée. Son élection coïncide pratiquement avec la manifestation contre le racisme - et contre Salvini - qui s'est tenue samedi à Milan et qui a réuni plus de 200 000 personnes.
Autrement dit, ce sont les premiers signes - ténus mais réels - d’un sursaut de la société civile et de la gauche contre la domination toujours solide de Salvini et Di Maio, qui sont les hommes forts du gouvernement italien. La route est encore bien longue et le nouveau leader de la gauche devra faire ses premières armes lors des élections européennes, où la tâche ne sera pas facile. Mais de toute évidence, quelque chose résiste en Italie aux folies xénophobes et populisto-souverainistes. Comme la résistible ascension d’Arturo Ui, contée par Brecht, celle d’«Arturo» Salvini l’est peut-être aussi.




