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Libération
Éditorial

Ambiguïté

Publié le 14/04/2019 à 20h56

Non, il ne proposera pas, tel Ferdinand Lop, l'extinction du paupérisme tous les soirs à 22 heures, ni le prolongement du boulevard Saint-Michel jusqu'à la mer. Mais il doit quand même surprendre. Lundi soir, Emmanuel Janus devra donner un visage plus net à la suite de ce quinquennat singulièrement chahuté par une crise de six mois. Tous se pressent autour de lui comme jadis autour de Jean le Bon : «Père, gardez-vous à droite, père gardez-vous à gauche.» Ceux qui viennent de la droite voudraient y retourner, non par la dissidence, mais par les mesures arrêtées. Ils forment une troupe homogène qui voudrait voir, du corps de Macron, sortir un nouveau Juppé. Moins d'impôts, moins de dépenses, un déficit réduit et une posture d'autorité. Mais ceux qui viennent de la gauche, plutôt malmenés depuis l'élection présidentielle par le «président des riches», soupirent après l'élan social perdu. Les premiers ont plutôt raison politiquement parlant : outre que les baisses d'impôts sont à coup sûr populaires, ils pointent la réserve de voix de la droite républicaine, qu'un Wauquiez requinqué par Bellamy tente de récupérer. Mais socialement, c'est une autre affaire. Parmi les gilets jaunes, encore populaires malgré leur petit nombre, la demande de justice sociale et de pouvoir d'achat est persistante ; même volontairement biaisé par Edouard Philippe dans son compte rendu, le résultat du «grand débat» laisse aussi transparaître une exigence d'équité et de démocratie. Pour conforter les espérances électorales, il faut de l'économique, version orthodoxe. Mais pour apaiser le peuple en colère, il faut du social. On passe du grand débat au grand dilemme. Il faudra donc pencher d'un côté ou de l'autre, tout en restant en équilibre. En se souvenant de la maxime de Jean-François Paul de Gondi, cardinal de Retz : «On ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment.»

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