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Libération
Éditorial

Raison

Publié le 18/04/2019 à 20h46

Qu’est-ce qu’une secte ? Une Eglise qui n’a pas réussi à grandir. Cette définition sommairement incroyante montre aussi la difficulté conceptuelle qui freine la lutte contre les dérives sectaires. Au nom de cette assimilation commode aux religions établies, la scientologie dénonce la «discrimination» dont elle serait victime dans un pays laïque comme la France. Nous avons le droit de croire à ce qui nous chante, disent les émules de Ron Hubbard, le reste est intolérance. Pourtant, de multiples affaires ont alimenté les accusations de manœuvres financières douteuses, de harcèlement auprès des adeptes, «d’emprise» excessive, toutes vigoureusement contestées par cette «Eglise» d’un genre très particulier. Une mission ad hoc, la Miviludes a longtemps mené le combat contre les activités d’une organisation financièrement surpuissante, même s’il apparaît qu’elle est désormais sur le déclin. Mais l’émergence des organisations terroristes, alliée à la difficulté juridique d’une définition préalable des sectes, a fait passer au second plan cette préoccupation. Les théories farfelues de la scientologie sont difficiles, sinon à réfuter, du moins à empêcher, même en terre laïque : il y faut des cas précis de pratiques illégales, qui restent rares et malaisées à détecter. La municipalité communiste de Saint-Denis, qui voit avec méfiance la scientologie prendre ses quartiers sur le sol de la commune, n’a pas trouvé la faille. Reste la pédagogie, moyen principal de prévenir les tentations d’abandon et de servitude volontaire nourries par la crédulité humaine. Les livres, les films, les enquêtes journalistiques s’y emploient, souvent avec un succès certain. Percée à jour, ses pratiques douteuses dévoilées par de multiples investigations, la scientologie y a perdu de nombreuses plumes. Le combat pour la raison, cette condition de la démocratie, n’est pas perdu d’avance.

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