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Libération
Éditorial

Ristourne

Publié le 26/04/2019 à 20h46

Dans le système auditif de l’exécutif, l’oreille droite est décidément plus sensible que la gauche. Il y avait deux demandes fiscales dans les protestations, ou les consultations, qui se sont déroulées depuis six mois. Un «ras-le-bol fiscal» incontestable, reçu cinq sur cinq par Edouard Philippe et Emmanuel Macron. Mais aussi une demande de justice, c’est-à-dire une critique générale de la concentration des richesses au sommet de la société, qui est la marque du capitalisme contemporain (même si cette inégalité est moins forte en France qu’ailleurs). Dans son désir de ne pas laisser à la droite trop d’espace, le gouvernement a choisi de répondre à la première exigence plus qu’à la seconde. L’impôt sur le revenu baissera donc pour tout le monde, mesure simple et populaire, qui se verra dès sa mise en œuvre sur le bulletin de paie, puisque désormais le prélèvement à la source fait apparaître en bas de page un salaire net d’impôts. L’impôt diminuant, le salaire augmentera. Mais comme l’étiquette de «président des riches» colle à la peau d’Emmanuel Macron, le pouvoir voudrait aussi raboter autant que possible la ristourne consentie aux plus hauts revenus. On aboutit ainsi à un casse-tête technico-politique qui occupera les énarques de Bercy ce printemps, peut-être même cet été : comment faire qu’une baisse générale profite aux uns et moins aux autres ? La solution simple aurait consisté à augmenter le taux des tranches supérieures en proportion de la baisse sur les tranches inférieures. Seulement voilà : ce serait finalement accroître un impôt malgré tout, alors qu’on a promis de ne plus le faire pour complaire aux électeurs les plus favorisés, qui menacent de regonfler la clientèle de LR au détriment de LREM. C’est la morale de La Fontaine revue et corrigée par Bercy : on ne peut pas contenter tout le monde et son fisc.

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