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1er Mai : une Espagnole en France depuis dix-sept ans menacée d’expulsion

Publié le 06/05/2019 à 20h26

Militante pacifique depuis l’une des premières manifestations de gilets jaunes, Camélia, 34 ans, s’est rendue à presque toutes les mobilisations. De nationalité espagnole, en France depuis dix-sept années, elle risque l’expulsion et une interdiction de séjour de vingt-quatre mois.

En cause, «une menace à l'ordre public» et «une charge déraisonnable pour l'Etat», selon l'obligation de quitter le territoire français (OQTF) que lui a adressée la préfecture de police de Paris, consultée par Libération. Enceinte de deux mois, elle a été interpellée lors de la manifestation du 1er Mai, boulevard Raspail, alors qu'elle se rendait à un «pique-nique climatique, social et démocratique» près de Montparnasse.

Depuis plusieurs manifs, Camélia arbore une grande pancarte «Fin du monde, fin du mois, même combat» et un bouclier sur lequel il est écrit : «Je suis une utopiste pacifique. Cela ne sert qu'à me protéger, je ne vous attaquerai pas.» Le tout, confectionné par ses soins, pèse plusieurs kilos, selon son compagnon. Le 1er Mai, elle avait aussi en sa possession un masque à gaz pour se protéger des lacrymos, selon son avocate, Norma Jullien Cravotta.

Au moment d'un contrôle d'identité ce jour-là, ce sont ces deux objets qui lui ont notamment valu une garde à vue, qui durera trente-quatre heures. A sa sortie, le parquet abandonne les poursuites, raconte son conseil. Mais pas la préfecture, qui lui adresse une OQTF sans délai. Elle lui reproche d'être une «menace à l'ordre public», notamment pour avoir participé «à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations et port d'arme». Plus surprenant, les autorités invoquent donc une «charge déraisonnable pour l'Etat français». Pourtant, si Camélia, en France depuis 2002, a fait ses études dans le pays, elle y a exercé plusieurs métiers, et est en CDI depuis 2017. Elle a aussi un compagnon et une adresse stable note son avocate, qui conteste cette décision d'expulsion. «Elle a des attaches de vie et familiales en France», insiste-t-elle.

Pour Serge Slama, professeur de droit public, cette mesure d'éloignement, disproportionnée, «est totalement illégale et contraire au droit de l'Union européenne». Une directive de 2004 rappelle en en effet que les décisions d'éloignement doivent être prises «sur la base du principe de proportionnalité, afin de tenir compte du degré d'intégration des personnes concernées, de la durée de leur séjour dans l'Etat membre d'accueil, de leur âge, de leur état de santé, de leur situation familiale et économique et de leurs liens avec leur pays d'origine».

Rien n'aura été épargné à Camélia. Elle a été placée en centre de rétention administrative pendant près de trois jours, avant qu'un juge n'ordonne sa libération immédiate dimanche après-midi, estimant ce placement en rétention irrégulier. Selon son avocate, la préfecture savait pourtant que la femme attendait un enfant. Un juge administratif devra se prononcer sur la procédure d'expulsion d'ici trois mois. Contactée à plusieurs reprises, la préfecture de police de Paris n'avait pas encore répondu aux sollicitations de Libération lundi soir.

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