«Mon histoire avec les antidouleurs a commencé le soir du 6 juin 2015. J’avais 16 ans. A une soirée avec des amis, il y avait un trampoline sur lequel on sautait tous ensemble. J’ai reçu un coup de coude dans le menton qui m’a sectionné la langue en deux. Direction les urgences de l’hôpital de Bayeux. En post-opératoire, on m’a prescrit 50 mg de tramadol, sous forme de gouttes, pour un mois. Pendant trois semaines, j’avais du mal à parler et à manger. Une douleur intense.
«Au bout d’un moment, les doses ne calmaient plus la souffrance. Il m’arrivait d’en prendre plus que ce qui m’était prescrit. Passé à quatre cachets par jour, je souffrais toujours mais j’avais l’impression d’être dans un autre monde, plus agréable. J’avais alors une prescription de 100 mg pour soixante jours, qui n’a pas tenu longtemps. Je suis finalement allé en pharmacie, sans ordonnance. En à peine deux minutes, le pharmacien m’a donné les médicaments, sans plus de questions.
«A partir de là, je prenais les cachets pour être normal et ne plus ressentir le manque. Lorsque j’essayais de m’en passer, j’avais des tremblements, des effets chaud-froid. Impossible de me lever du lit. Pire qu’une grippe. On ne peut rien faire. L’envie de vomir, le mal de ventre, l’impression d’avoir les os broyés. Au bout d’un an, j’étais arrivé à douze cachets par jour. Avec les effets secondaires qui vont avec : impossibilité d’uriner, des tics au niveau du visage et des démangeaisons.
«Le sevrage dégressif mis en place par le généraliste n’a pas fonctionné. Pour consulter un addictologue et recevoir un traitement de méthadone, j’ai dû mettre au courant ma famille.Et ça ne fait pas plaisir de voir quelqu’un de proche complètement défoncé qui ne comprend plus rien.
«Ça fait trois ans que j’ai arrêté le tramadol. Aujourd’hui, je suis stabilisé à 220 mg de méthadone, je prends aussi des somnifères et des antidépresseurs. Je suis actuellement en recherche d’emploi. Il faut voir si ma dépression s’est stabilisée, et tout le reste derrière.»




