Menu
Libération
Éditorial

Excès

Publié le 14/05/2019 à 21h06

C’est une étape importante et elle ne sera a priori pas favorable aux partisans de l’homéopathie, patients, médecins ou industriels. La commission de transparence de la Haute Autorité de santé va adopter ce mercredi un avis qui ouvrira la voie au déremboursement. Une décision qui s’appuie sur l’insuffisance du «service médical rendu» difficilement contestable. Un premier pas avait été franchi par Jean-François Mattei en 2003, quand le taux de remboursement avait été réduit de 65 % à 35 %. Les anti-homéopathie ne se contenteront pas d’une nouvelle réduction, à 15 % par exemple. Ce qu’ils veulent, c’est le déremboursement complet. Sachant que les enjeux financiers sont assez mineurs pour la Sécu, cette guerre acharnée contre l’homéopathie s’explique mal. Si ses bienfaits - effet placebo notamment - restent débattus, elle n’est en aucun cas nocive. Trois Français sur quatre y ont recouru au moins une fois dans leur vie, et 20 000 médecins généralistes, pas tous parmi les plus mauvais, en prescrivent régulièrement. Pourquoi tant de haine ? Parce qu’il se joue derrière ces chiffres une guerre des religions médicales menée par les jusqu’au-boutistes d’une orthodoxie scientifique. Attention : nulle idée de contester ici le primat de cette approche rationnelle de la médecine. Les charlatans anti-vaccins ont suffisamment fait de dégâts. Mais nul ne peut contester que cette médecine à la française souffre aussi d’insuffisances, par exemple dans la prise en compte dans le diagnostic de facteurs humains, psychologiques, etc. Elle a évidemment au fil des années progressé. Mais elle n’a pas toujours réussi à corriger ses excès, le pire d’entre eux étant cette prescription excessive de médicaments «classiques», véritable mal français. Médicaments dont certains, bien remboursés, font plus de mal que de bien. Le vrai combat à mener est pourtant là.

Dans la même rubrique