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Pour quels motifs des journalistes ont été convoqués par la DGSI ?

Publié le 24/05/2019 à 19h16

Au cours des dernières semaines, huit journalistes français ont été convoqués à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Tous, à l'exception de la grande reporter du Monde Ariane Chemin, ont été convoqués pour leurs enquêtes sur les armes françaises utilisées au Yémen, au motif de la «compromission du secret de la défense nationale». C'est le motif le plus courant des convocations de journalistes par les services de renseignement ces dernières années. La loi encadrant la compromission de la défense nationale - article 413-11 du code pénal - est un texte déjà ancien, qui a marginalement évolué en 2009.

Selon le directeur du Monde, Jérôme Fenoglio, la convocation de sa journaliste est, elle, motivée par la «révélation ou divulgation de toute information qui pourrait conduire, directement ou indirectement, à l'identification d'une personne comme membre d'une unité des forces spéciales». Il cite alors l'article 413-14 du code pénal, créé par une loi de 2016 «relative à la déontologie et aux droits et obligations des fonctionnaires». Celui-ci a pour objet de «renforcer la protection de l'identité des personnels militaires membres des forces spéciales». En clair, divulguer l'identité d'un membre d'une unité des forces spéciales est désormais passible de 75 000 euros d'amende et cinq ans d'emprisonnement, contre 15 000 euros d'amende auparavant. L'enquête dans le cadre de laquelle Ariane Chemin est convoquée a été ouverte par le parquet de Paris après un dépôt de plainte par une personne nommée dans un des articles de la rédactrice sur l'affaire Benalla, a appris Libé auprès du parquet. Cette personne pourrait être Chokri Wakrim, militaire de l'armée de l'air, dont Chemin écrivait qu'il «a occupé un poste de comptable au commandement des opérations spéciales». Ces différentes convocations de journalistes n'ont rien à voir avec la loi renseignement de 2015, contrairement à ce qu'on a pu lire parfois sur les réseaux sociaux. Si la multiplication des convocations ne s'explique donc pas par une évolution législative récente, plusieurs sociétés de journalistes «dénoncent fermement ces convocations qui ressemblent à de nouvelles tentatives d'intimidation de journalistes qui n'ont fait que leur travail : porter à la connaissance des citoyens des informations d'intérêt public». La rédaction du Monde déplore de son côté «une forme de banalisation de ce type de convocation».

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