Menu
Libération
Récit

Georges Pompidou : une récupération sur mesure par Macron

Le Président a préfacé un livre sur Pompidou, soulignant ainsi des similitudes… contestées par les héritiers du défunt chef d’Etat.

Emmanuel Macron, à l'Elysée lundi. (LUDOVIC MARIN/Photo Ludovic Marin. AFP)
Publié le 19/06/2019 à 19h56

Si Pompidou s'impose comme une valeur refuge à droite, elle l'est «en même temps» pour le président Macron. Dans sa préface au livre Dans l'intimité du pouvoir. La présidence de Georges Pompidou (1), le chef de l'Etat salue «le réformateur inlassable qui fit de la France une avant-garde, un homme qui sut entraîner le pays dans un grand mouvement de progrès». Et de conclure que «notre nation n'est jamais aussi grande que lorsqu'elle consent à l'audace et à la modernité» - que l'actuel locataire de l'Elysée ambitionne d'incarner. Mercredi, veille de l'ouverture du colloque consacré à l'œuvre de l'ancien président, il recevait les membres de l'Institut Georges-Pompidou, dont le fils du défunt chef d'Etat, Alain.

Le 2 avril, comme le veut l'usage, il avait assisté à la messe célébrant les 45 ans de la mort du successeur de De Gaulle, au côté de Valéry Giscard d'Estaing. «Le Président voit en Pompidou une mythologie française telle que les décrivait Roland Barthes. Pour lui, il incarne cet art d'être français comme il l'a décrit dans sa conférence de presse», précise-t-on à l'Elysée. «L'art d'être français, c'est à la fois être enraciné et universel, être attaché à notre histoire, nos racines mais embrasser l'avenir. Cette capacité à débattre de tout, en permanence, de ne pas céder à la loi du plus fort, mais bien de porter un projet de résistance, d'ambition pour aujourd'hui et pour demain», expliquait Macron le 25 avril lors de sa conférence de presse destinée à lancer l'acte II de son quinquennat. «Le Président conçoit son action autour de quatre grands thèmes, la transmission, la communion, la construction et la projection, et Pompidou répond à cette façon d'exercer le pouvoir en France.»

«Enraciné nulle part»

Macron voudrait bien mettre ses pas dans ceux de Pompidou, banquier chez Rothschild, dans ceux de l’agrégé de lettres et amateur d’art moderne, et dans ceux de l’homme enraciné dans son terroir, le Cantal.

«Sauf que, pour Macron, la comparaison risque de tourner court», persifle un député LR, pour qui le Président «n'a été que fondé de pouvoir quand Pompidou a été directeur général de la banque Rothschild. Il n'a pas fait Normale Sup et n'est enraciné nulle part». Ce dirigeant de LR ne manque pas de rappeler que si «Pompidou a été l'homme de l'industrialisation de la France, Macron est celui de sa désindustrialisation quand il a bradé Alstom à General Electric avec les conséquences que l'on voit aujourd'hui. Pompidou était l'homme qui voulait des classes moyennes prospères pour faire avancer le pays. Macron est celui qui les asphyxie par le matraquage fiscal».

«Pompidou était un homme qui doutait comme on peut le lire dans sa correspondance, qui s'interrogeait sur sa manière d'exercer le pouvoir et qui avait une vraie affection pour les gens et une réelle sincérité», explique Aurélien Pradié. Même Alain Pompidou, qui ne cache pas sa sympathie pour Macron, lui conseille de prendre «plus en considération le bonheur des Français. Il est trop enfermé sur lui-même, pas assez curieux des gens».

(1) Dans l'intimité du pouvoir. La présidence de Georges Pompidou, sous la direction de Christine Manigand et Vivien Richard, Nouveau Monde éditions, 29,90 €.

Dans la même rubrique