Politiquement, Marine Le Pen est une mouche dans un bocal. Certes, le bocal grossit. Mais elle n’en sort toujours pas. Le Rassemblement national, qui se réunissait ce week-end à Fréjus, la joue tranquille comme Baptiste. Après de longues vacances, Marine Le Pen est une propriétaire qui revient sur ses terres pour constater qu’elles se portent bien et voir l’avenir avec sérénité, sûre que son magot électoral fructifiera, gonflé peu à peu par le sentiment d’abandon et l’inquiétude identitaire qui minent toujours les classes populaires, renforcé par les réformes libérales et le goût du grand large affichés par la macronie au pouvoir. Mais tout cela ne fait pas une majorité. Le Rassemblement national en est conscient : en piste pour les municipales, il prétend conquérir, par contagion en quelque sorte, des petites villes proches de ses fiefs traditionnels, ou bien quelques villes moyennes particulièrement vulnérables. Faute de grives, on mange des merles, qu’on baptisera ortolans sans tromper personne. Toujours xénophobe, radical dans ses propositions identitaires et sécuritaires, flou à l’égard de l’euro et de cette Europe qu’il accepte mais voue aux gémonies, le RN fait encore peur. Ses alliés potentiels le fuient toujours et une majorité de Français s’en défient encore.
Faut-il s’en rassurer ? Pas sûr non plus. Il arrive que les bocaux tombent de l’étagère et que la mouche se retrouve en liberté. Par exemple à l’occasion d’une élection présidentielle où le macronisme devenu impopulaire, vainqueur malaisé du premier tour, serait victime d’une abstention massive à gauche et d’une désertion sur la droite de la droite. Pour la deuxième fois, on devrait arbitrer entre droite extrême et centre-droit libéral, dans un choix contraint et frustrant. Quand on joue trop à la roulette russe, il arrive que le coup parte.




