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ÉDITORIAL

Bonne foi

ParLaurent Joffrin
Directeur de la publication de Libération
Publié le 25/09/2019 à 20h41

Ceux qui trouvent Greta Thunberg agaçante, manipulée, trop émotionnelle, trop jeune, et autres amabilités déversées depuis des semaines sur cette jeune militante, doivent lire d'urgence le dernier rapport du Giec sur l'avenir des océans. Et s'ils habitent en bord de mer, ils doivent se jeter dessus. Avec un tant soit peu de bonne foi, ils changeront immédiatement d'attitude. Les gaz à effet de serre réchauffent l'atmosphère, la montée des températures fait fondre glaciers et calottes glaciaires : l'eau monte, inexorablement. Nul besoin d'un diplôme de climatologue pour comprendre ce mécanisme digne d'un cours de CP. De toute évidence, un certain nombre de commentateurs, avant de débiter leurs sarcasmes, devraient retourner à la maternelle. Le jour venu, ils en seront réduits à la forte réaction du maréchal de Mac Mahon, visitant jadis la région de Toulouse inondée : «Que d'eau, que d'eau !» Ils ne pourront pas, en revanche, plagier le général de Gaulle en visite sur la côte d'Albâtre : «Je salue Fécamp, port de mer, et qui entend le rester.» Pour la bonne raison que certains ports ou, à tout le moins, certaines plages et certaines stations balnéaires, quoi qu'elles entendent faire, seront sous l'eau. Les esprits pratiques objecteront qu'il est possible de construire des digues qui formeront barrage contre l'Atlantique ou la Manche. Après tout, une bonne partie des Pays-Bas, comme leur nom l'indique, est située sous le niveau de la mer. Certes, mais le coût des ouvrages gigantesques qui protègent la population est exorbitant. Et le réchauffement a d'autres conséquences tout aussi dommageables, telles que l'acidification des eaux ou le renforcement des tempêtes. Un jour, les sceptiques professionnels se souviendront des moqueries adressées à la jeune Cassandre suédoise. Cassandre, en effet, dans la mythologie grecque, avait raison.

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