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Bergerac : la campagne trash du RN

Publié le 02/10/2019 à 20h26

Mohammed Essarbout ne refuse jamais les tracts qu'on lui tend. «La vie politique de Bergerac m'intéresse», explique le sexagénaire né au Maroc et arrivé il y a quarante ans en Dordogne. Mais il n'était pas préparé à la violence de celui qui a atterri entre ses mains ce week-end. Sur une feuille A4 marquée de la flamme du Rassemblement national (RN), un message en lettres rouges : «Bergeracois, réagissez avant qu'il ne soit trop tard.» A quoi ? A la «politique d'islamisation» qui serait menée par le maire (DVD) Daniel Garrigue, à coups de jumelage avec une ville marocaine, de «mosquée gigantesque» et d'«école coranique». Mais aussi à la candidature à la mairie d'Adib Benfeddoul, conseiller municipal (centre droit) depuis 2008, musulman et d'origine marocaine.

Mohammed Essarbout n'en revient pas. Adib Benfeddoul, encore moins. Ce pharmacien de 47 ans refusait de croire, lorsqu'il s'est lancé dans la bataille, que son origine serait un sujet. «Je ne savais pas que notre nom pouvait compter plus que notre projet politique», raconte-t-il à Libération sans cacher son émotion. Aux européennes de mai, le RN est arrivé en tête à Bergerac, ce que le candidat n'a pas oublié, «mais à peine un électeur sur deux est allé voter. Je ne veux pas associer ces discours de haine à la ville». Ce n'est pourtant pas la première fois que la communauté musulmane est prise pour cible. En mars, sur le chantier de la mosquée décriée, on a retrouvé une tête de porc et du sang de l'animal.

Au RN local, on dément tout racisme sur l'affichette. «En tant qu'adjoint, Adib Benfeddoul a autorisé la construction d'une mosquée disproportionnée qui menace notre sécurité. Ça n'a rien à voir avec ses origines», se défend Robert Dubois, conseiller régional RN et candidat à la mairie en mars. Problème : un autre adjoint au maire, Jonathan Priolaud, se présente à la tête d'une liste comptant bien plus de membres issus de l'équipe Garrigue et bizarrement, son nom à lui n'apparaît nulle part dans les mises en garde du RN. «Son tour viendra», assure Robert Dubois.

Convaincu qu'il ne s'agit pas d'un problème politique mais judiciaire, Adib Benfeddoul a annoncé son intention de porter plainte pour discrimination à caractère raciste. «Il y a un tel sentiment d'impunité des politiques que certains s'autorisent ce genre de discours choquants pour être entendus», regrette-t-il.

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