L'honneur est plus ou moins sauf, nonobstant une ultime rasade de cinq ans de prison ferme. Vendredi après-midi, le tribunal correctionnel de Paris a relaxé Patrick Balkany du délit de corruption mais l'a toutefois condamné pour blanchiment aggravé de fraude fiscale, «structuré et performant» selon les juges. Pour mémoire, le maire (LR) de Levallois-Perret avait déjà été condamné, le 13 septembre, à quatre ans de prison ferme pour fraude fiscale, avec mandat de dépôt. Peu désireux de se faire mitrailler menottes aux poignets par les photographes, Patrick Balkany a préféré ne pas être extrait de sa cellule de la prison de la Santé pour écouter le second jugement.
Bon point pour les époux Balkany : le tribunal estime qu'il n'est pas «pleinement démontré un pacte de corruption» les liant à un milliardaire saoudien, le cheikh Al-Jaber, promoteur immobilier envisageant de bâtir deux tours de bureaux à Levallois. Le bonhomme, également poursuivi mais non présent à la barre, n'est pas soupçonné d'avoir versé un pot-de-vin à la mairie en vue d'obtenir son permis de construire mais plus prosaïquement d'avoir viré quelque 2,5 millions de dollars en vue d'obtenir un report du chantier, qui ne verra finalement jamais le jour. Le jugement relève que «M. Balkany avait rappelé à M. Al-Jaber ses obligations contractuelles». Comprendre : ils n'étaient pas cul et chemise.
Dans la même veine, le tribunal passe outre la mise à disposition du jet privé du second au profit du premier, ne retenant qu'un aller-retour aux Antilles sans plus de conséquences pénales. «Cela ne constitue pas une prise illégale d'intérêt», estiment les juges.
Couperet. Isabelle Balkany tentait de faire bonne figure à l'issue du jugement : «Il n'y a pas de corruption, pas un centime d'argent public.» Mais quid du blanchiment, des tambouilles privées ? Déjà condamnés pour fraude fiscale, les époux Balkany ont subi une seconde couche, pour des questions procédurales - les justices suisse, panaméenne ou liechtensteinoise acceptant de coopérer en matière de blanchiment international mais pas en cas de fraude fiscale, qui n'est pas un délit à leurs yeux, d'où le saucissonnage de l'affaire.
Et le couperet est tombé, à écouter ou lire le jugement : «Enracinement sur longue période dans la délinquance rémunératrice», «comportement lucratif d'élus de la nation». C'est le blanchiment, délit fourre-tout. On en revient alors au riad de Marrakech, dont nul ne sait - y compris la justice française, du moins à ce stade des procédures pénales - qui en est l'authentique détenteur. Le montage permet de remonter à deux sociétés offshore immatriculées au Panamá, dont l'ayant droit est Jean-Pierre Aubry, homme à tout faire du couple à la mairie de Levallois. Ce dernier nie être le propriétaire des lieux, tout en dédouanant les époux Balkany ; le tribunal l'a condamné, faute de mieux, à trois ans de prison avec sursis.
Diable. Les Balkany, eux, ne se présentent que comme de modestes locataires occasionnels - malgré un peignoir aux initiales «P.B.» dans la salle de bain. Alexandre Balkany, leur fils, faisant également mine d'en être locataire sans jamais y mettre les pieds, a pour sa part été condamné à six mois de prison avec sursis, peine minimale «compte tenu d'un contexte intrafamilial très particulier». Le cheikh Al-Jaber, dont l'argent aura permis l'acquisition du bien en question, décline également tout titre de propriété. Il y a aussi Arnaud Claude, associé historique de Nicolas Sarkozy au sein d'un cabinet d'avocats, ayant apporté son concours à l'usine à gaz : trois ans de prison avec sursis - il a pris les devants, renonçant à l'avocature et passant le relais à son fils, mais l'ex-président de la République reste actionnaire de leur cabinet.
«Quelqu'un ment dans cette affaire», avait pointé le président du tribunal correctionnel au cours du procès. On serait tenté de préciser : tous, mais chacun à leur tour, en une défense plus ou moins organisée… Sans plus de détails, le jugement de vendredi ordonne également la «confiscation» de ce satané riad de Marrakech, dont le diable sait qui en est le réel taulier.
Quant à Isabelle Balkany, le tribunal lui a infligé quatre ans de prison ferme sans incarcération immédiate, «sa santé étant incompatible avec une mise en détention». De fait, sa tentative de suicide l'avait empêchée d'assister au procès mais pas de succéder à son époux une fois celui-ci placé en détention début septembre. A l'énoncé du jugement, elle s'est effondrée en larmes dans les bras de son avocat, Pierre-Olivier Sur. Les époux ont écopé, à nouveau, de dix ans d'inéligibilité. Et vont faire appel du jugement, ont déclaré leurs avocats. Le procès en appel du jugement de septembre pour le volet fraude fiscale débutera pour sa part le 11 décembre, annonçait vendredi BFM TV.




