Le principal collaborateur de Balladur ne s'intéressait pas aux questions d'argent, trop bassement matérielles. Voyez plutôt : lui s'occupait surtout des «discours» du candidat. Et c'est tout juste si, à Matignon, il daignait jeter un œil sur les contrats d'armement : «Sur le Pakistan, je n'ai rien décidé ou dirigé.» Il doit quand même concéder une visite préparatoire en Arabie Saoudite, prélude à celle du Premier ministre, mais c'est l'occasion pour lui d'éluder à la barre par des généralités : «Ce n'est pas un pays, c'est une famille. Ils sont tous frères, il y en a beaucoup ; certains sont ministres.»
Sur la remise de 10,25 millions de francs en cash dans la dernière ligne droite de l'élection, Balladur étant déjà éliminé au premier tour mais devant combler fissa son déficit de campagne, Bazire convient que «les gadgets et les tee-shirts, ce n'est pas suffisant comme explication», d'autant qu'il s'agissait de grosses coupures. Il tente d'orienter le tribunal sur une autre piste que les rétrocommissions : «Balladur était le meilleur candidat du monde des affaires, il avait tout le CAC40 derrière lui. Combien d'argent a été retiré sur cette période par les chefs d'entreprise ?»
Si on comprend bien l'alibi juridique, l'argument est politiquement désastreux. Mais Bazire, désormais numéro 2 du groupe LVMH, n'en a cure et balance cette ultime pelletée de sel : «Dans toutes les campagnes présidentielles, il y a beaucoup d'argent liquide. En 1995, il y avait plus d'espèces sur les comptes de Chirac que de Balladur.»




