Neuf mois après, les électeurs du Rassemblement national n'ont pas (encore ?) suivi les appels de Marine Le Pen à «soutenir en masse» la tenue d'un référendum d'initiative partagée (RIP) contre la privatisation d'Aéroports de Paris. Pire, ils ont même totalement boudé l'idée : selon une étude du Figaro, plus une commune a voté en mai pour la liste RN menée par Jordan Bardella, moins elle se mobilise pour ce RIP. Le quotidien a croisé le taux de soutiens déclarés sur le site dédié du ministère de l'Intérieur aux résultats des dernières élections européennes, remportées par l'extrême droite. Ses conclusions sont sans appel : «plus une ville est grande et a voté Europe-Ecologie-Les Verts, plus elle concentre de soutiens au RIP». A l'inverse, «dans le Pas-de-Calais, où le RN a enregistré ses scores le plus élevés, le soutien au référendum est résiduel : moins de 1% du corps électoral».
«Monothématique»
L'ex-FN, grand défenseur de la démocratie directe et de la «République référendaire», n'arrive visiblement pas à mobiliser ses électeurs. Selon le Figaro, ces derniers n'auraient «pas saisi la nouvelle forme de participation citoyenne offerte par la plateforme de collecte des signatures». Interrogé, le chercheur Jérôme Fourquet, souligne, lui, que la France qui vote Le Pen n'est pas «celle qui pétitionne». A l'inverse de la «gauche diplômée, militante, associative et syndicale, habituée aux formes de participation non conventionnelles et attachée aux services publics», dit le directeur opinion à l'Ifop.
Sa lecture n'est bien sûr pas validée au RN : «Ce qui est sûr, c'est que quand vous avez des "grands" sujets comme le pouvoir d'achat, les retraites, les migrations, cela mobilise beaucoup plus chez nous que quand on parle d'autre chose», explique un cadre. Il reproche à l'étude du Figaro de ne pas avoir couplé ses résultats avec la carte électorale du dernier scrutin : manière pour le RN de dire que c'est dans les grandes villes – Marseille et Nice mises à part – et particulièrement dans le bassin francilien, que la liste de Yannick Jadot a le plus cartonné en mai, alors que le Rassemblement national est arrivé en tête dans bien des villes périphériques, loin de Paris, «et de ses aéroports». Réponse du Figaro : «Nous avons travaillé sur les 500 plus grandes villes de France, ce qui donne une vision globale de la population. Les résultats laissent surtout apparaître une forte divergence entre la volonté de Marine Le Pen de se montrer anti-Macron en surfant sur sa fibre sociale, alors que le parti est monothématique, prouve que les électeurs ne sont intéressés que par l'immigration».
«Préoccupation»
«Notre électorat est populaire, les gens qui ont du mal à boucler les fins de mois, ils ont beau ne pas être en désaccord avec ce qu'on dit, la privatisation d'ADP n'est pas en tête de leurs préoccupations, tente, avec d'autres mots, l'élu RN. En gros, ils ne prennent pas forcément régulièrement l'avion.» Un dirigeant de la formation mariniste ajoute : «La privatisation d'ADP est un sujet national, mais de là à penser que c'est un sujet de préoccupation nationale, non.»
Selon le dernier pointage, les soutiens au RIP enregistrés depuis le 13 juin seraient au nombre de 896 000, loin des 4,7 millions nécessaires pour valider la proposition de loi référendaire. Nombre des partisans de ce RIP considère qu'à un million de signatures, le chef de l'Etat, qui a fixé ce seuil dans sa réforme institutionnelle, sera obligé de les écouter. Si elle peut difficilement se poser en leader de cette lutte, Marine Le Pen appelait pourtant à «signer et faire signer contre la privatisation d'Aéroport de Paris, comme je l'ai fait moi-même et comme l'ont fait tous les cadres du Rassemenblement national». «Le bradage des biens publics par Emmanuel Macron, au profit d'intérêt privés, est scandaleux», disait-elle dans une vidéo, en juin. Un communiqué du RN ajoutait «les aérodromes de Paris, connus sous le sigle ADP, font partie du patrimoine des Français. Le gouvernement ne peut donc en disposer à sa guise. La France n'est pas une entreprise que l'on peut vendre à la découpe comme le font les banquiers d'affaires». Une ambition restée lettre morte dans son camp.




