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Libération
Éditorial

Casse-pipe

Publié le 26/10/2019 à 22h16

Ainsi le Parlement européen a-t-il pris les patins de César. En 58 av. J.-C., le futur consul avait divorcé sur la foi de simples soupçons portant sur son épouse Pompeia. Il s'était justifié en usant d'un aphorisme resté dans les mémoires : «La femme de César ne doit pas être soupçonnée.» Pompeia moderne, Sylvie Goulard a été écartée de la Commission européenne par des députés à l'humeur romaine, justement parce qu'elle était «soupçonnée», non dans la vie privée, qui ne regarde qu'elle, mais en raison de deux affaires embarrassantes. Injustice ? Peut-être. Nul ne sait si un procès aura lieu, et encore moins si elle sera condamnée. Mais une leçon est claire : le Parlement européen a obéi à des critères plus stricts que ceux de la macronie, plus byzantine que romaine. En 2017, Sylvie Goulard avait démissionné de son poste gouvernemental à la suite des critiques portant sur l'usage des assistants parlementaires du groupe Modem à l'assemblée de l'Union européenne. Du coup, l'insistance d'Emmanuel Macron à présenter sa candidature à la Commission est difficilement compréhensible. Pourquoi devait-elle cesser d'être ministre en France mais postuler à un poste similaire à l'échelle européenne ? Ce distinguo jésuitique a de toute évidence indisposé les élus, qui ne souhaitent pas plaisanter avec les règles européennes. Macron a envoyé Goulard au casse-pipe. Ce qui pose une nouvelle fois la question des talents du DRH de l'Elysée. Il avait déjà imposé à la tête de la liste En marche aux élections européennes une Nathalie Loiseau techniquement très compétente, mais politiquement nulle. D'autres nominations ont laissé à désirer, comme celle de Christophe Castaner Place Beauvau. César sélectionnait soigneusement ses généraux, ce qui lui a permis de conquérir la Gaule. Quoique jupitérien, Macron n'a pas encore la vista nécessaire pour conquérir l'Europe.

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