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Libération
Éditorial

Rupture

ParLaurent Joffrin
Directeur de la publication de Libération
Publié le 04/11/2019 à 21h26

La plaie est toujours ouverte. Un an après la catastrophe de la rue d’Aubagne, Marseille reste une ville blessée. Les décombres des immeubles effondrés, les innombrables logements vides évacués, les âpres difficultés rencontrées par les familles relogées ou rendues à leur foyer délabré et souvent pillé, ravivent chaque jour la mémoire du drame. L’Etat est intervenu, la ville s’est enfin mobilisée - pas assez, disent les collectifs de la colère - mais les procédures d’expropriation, préalables à la rénovation, sont ardues et longues. La lenteur du redressement n’est pas entièrement imputable aux autorités, il faut le souligner. Mais la chute des taudis si longtemps laissés à l’abandon, on le sait bien à Marseille, a mis en lumière des décennies d’indifférence, de clientélisme et d’insuffisances, qui sont les caractéristiques d’un système. De toute évidence, l’heure du changement de stratégie a sonné pour les élus locaux. Peut-on s’en remettre aux héritiers de la municipalité sortante ? Ou bien choisir l’avènement d’une nouvelle équipe ? C’est affaire de préférence partisane. Mais une évidence s’impose : pour accélérer le renouveau, les Marseillais disposent d’une arme immédiate, le bulletin de vote. Leur premier devoir, c’est de l’utiliser, dans une ville où la participation électorale, il faut bien le dire, est d’une inquiétante timidité - ou d’une coupable indifférence. Marseille n’est pas loin de détenir le record de France du logement insalubre. Rien ne changera, au fond, sans une rupture politique, laquelle implique une vigoureuse intervention publique. Dans ces conditions, les Marseillais peuvent, bien sûr, parier sur la prise de conscience des équipes sortantes. Mais ils peuvent aussi écarter le risque de la continuité, serait-elle parée de nouveaux atours, et choisir le vrai changement.

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