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Libération
Témoignage

Carine Fouteau, codirectrice de la rédaction de «Mediapart» : «C’était l’occasion d’être en phase avec la société»

Publié le 13/11/2019 à 20h26

«On a entendu les paroles d'exaspération envers les médias mais, honnêtement, on ne s'est pas sentis dans le viseur. Au contraire, sur les ronds-points, l'accueil à l'égard des journalistes de Mediapart a toujours été respectueux. Dans les manifestations du samedi, on s'est protégé contre les violences policières, on n'a jamais eu de problèmes avec les gilets jaunes. On a même eu droit à un rassemblement de soutien en bas du journal le jour de la tentative de perquisition dans nos locaux.

«Ça s’explique par plusieurs raisons. On a réagi tout de suite : le caractère hors-norme du mouvement nous a sauté aux yeux, l’occupation de ronds-points pour interrompre les flux, le refus d’être récupérés par les syndicats et les partis politiques, la colère radicale qui s’exprimait. On s’est dit : ça ne ressemble à rien de connu, donc avant d’éditorialiser, partons en reportage pour faire parler les premiers concernés. Et ensuite on n’a pas lâché. On s’est dit que c’était l’occasion ou jamais d’être en phase avec la société, de comprendre ses préoccupations, le désir de justice sociale et de démocratie directe, le besoin de se retrouver autour d’un feu de palettes pour échanger, pour parler de politique autrement.

«On n’a pas cherché à idéaliser la contestation, mais à en saisir la complexité. On a notamment essayé de comprendre quelle influence pouvait avoir l’extrême droite, sans a priori. Ce mouvement nous a ainsi renforcés dans la conviction que notre organisation horizontale est une force : nous ne subissons pas les contraintes des rivalités entre services, nous privilégions la transversalité.

«Même si le pôle social a été particulièrement mobilisé, de nombreux journalistes de la rédaction se sont relayés à tour de rôle sur le terrain. Notre taille humaine est un atout : cela nous a permis d'être réactifs et de mettre toute notre énergie dans le décryptage de ce moment inédit. Ce mouvement nous conforte enfin dans notre refus du surplomb journalistique et dans notre volonté de nous situer au ras de la société, d'être au diapason avec elle. Cela se traduit par notre confiance dans le participatif : alors que de nombreux journaux délaissent cet aspect, nous, au contraire, appelons plus que jamais nos lecteurs à prendre la parole sur Mediapart

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